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Articles 2011

 

 

Tous les articles

janvier : L'éducateur Rolando: un aperçu historique par Claudete Sant'Anna
février : Biodanza et Argile par Dorli Signor
mars : Rolando raconte la Biodanza par Mimmo Tringale
avril :

Biodanza comme système de réhabilitation existentielle pour des personnes souffrant de troubles mentaux par

Marcelo Mur

mai :

Biodanza et troubles gastro-intestinaux par Rolando Toro Araneda

juin-juillet-août : Le contact et la caresse: un besoin primaire de l'être humain par Sandra Salmaso
septembre : Qu'est-ce que l'éducation biocentrique par Elisa Gonzalves et Sinfronio Lima
octobre : La fonction du vide par Rolando Toro Araneda
novembre : Biodanza: Témoignage - Partage par Bernard Viau
décembre : Vers un univers musical par Rolando Toro Araneda

 

Article du mois de janvier 2011
 

L'éducateur Rolando: un aperçu historique par Claudete Sant'Anna

Quelque chose nous émeut, sans que nous ne nous en rendions compte, depuis un passé immémorial afin que nous réalisions notre vocation ; une voix nous inspire dans la connexion avec le monde. J’écris ceci en pensant aux forces secrètes qui ont conduit Rolando Toro Araneda, à travers les années, à centrer son intérêt sur l’éducation et sur le destin de l’humanité.

Rolando vient d’une famille d’éducateurs : son grand-père était professeur dans la ville de Cañete (Chili), et aujourd’hui encore son nom est inscrit à l’entrée de l’école où il a enseigné, « Ecole Leoncio Araneda » ; sa propre mère, sept de ses tantes et deux de ses frères étaient professeurs. Ainsi, dans la généalogie de sa vie circule la mémoire de cet amour humain comme une rumeur persistante.

En 1940 il a terminé ses études de professeur d’école primaire à l’école normale José Abelardo Nuñez de Santiago. Sa trajectoire en tant que professeur dans l’enseignement primaire a duré environ seize ans, exerçant successivement à Talcahuano, Valparaiso, Pocuro et Santiago. Dans chacune de ces écoles où il a travaillé, il a découvert des aspects qui étaient absents dans l’éducation traditionnelle.

A Talcahuano il s’est spécialement dédié à mettre les enfants en lien avec la nature, réalisant avec eux de nombreuses excursions à la mer ; il utilisait ensuite dans l’apprentissage des thèmes dérivant de ces visites.

A Pocuro (Les Andes), il a commencé avec les enfants de nombreux projets de créativité artistique, spécialement en peinture. Le paysage coloré des Andes, avec tous les changements de tons que procuraient les variations du soleil, permettait de vraies techniques de peinture. Les thèmes étaient des sujets de la campagne : « des canards nageant dans la lagune », « une fille avec une chevrette dans les bras », « une vache accouchant », « des chevaux jouant dans le pré », etc. L’observation des plantes, rochers, animaux et des scènes de travail des paysans donnaient aux peintures infantiles une grande vitalité et une grande beauté.

L’ensemble des ces peintures fut amené à Santiago par le poète Ludwig Zeller pour les exposer dans la salle des expositions du Ministère de l’Education et ce fut un succès inespéré dans le milieu pédagogique et artistique. Les œuvres furent sollicitées pour être exposées au Het Palet de Hollande, au Royal Institute de Londres et au Centre National de l’Enfant à Paris.

En 1954, il réalisa à Santiago des « Festivals de l’Enfant » où les conditions socio-économiques et de santé de l’enfance chilienne furent examinées. Six mille enfants de tous pays participèrent au premier festival, il y avait des orchestres d’enfants, des expositions de peinture, de céramique et des jeux pédagogiques dans le patio du bâtiment central de l’université du Chili. Il y eut aussi un grand défilé d’enfants dans le centre de Santiago.

Pendant la période où il exerçait à Valparaiso, il a proposé une nouvelle méthodologie pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. A partir de ces expériences, il élabora un syllabaire pour apprendre à lire sans effort.

Grâce à ses conceptions révolutionnaires sur l’éducation, le doyen de l’Université de Concepción, Monsieur Rolando Merino, l’a invité à donner un cycle de conférences à l’école de l’éducation de cette ville.

La conception pédagogique de Rolando Toro était centrée sur de nouvelles formes d’apprentissage vivenciel, à partir de l’affectivité et du plaisir de vivre. Dans cette proposition, les matières intellectuelles n’étaient pas exclues ; il s’agissait d’intégrer l’intelligence avec l’affectivité et le respect réciproque. Il y avait en plus l’inclusion d’un enseignement expérimental de sciences et de technologie. Rolando Merino l’a donc invité à créer un Laboratoire de Psychologie dans l’école d’éducation de l’université de Concepción. 

Rolando Toro a accompli ses études de psychologie à l’école de psychologie de l’institut pédagogique de l’université du Chili, dont il fut diplômé en *****. A cette période, il connut le docteur Claudio Naranjo avec qui il établit une profonde amitié ; grâce à son intervention, Rolando Toro entra au centre d’études d’anthropologie médicale de l’école de médecine de l’université du Chili, sous la direction du docteur Francisco Hoffman. Ce centre d’études avait pour objectif d’humaniser la médecine.

 

Dans le centre d’études d’anthropologie médicale, Rolando Toro avait était professeur agrégé en charge de l’enseignement, dirigeant des séminaires d’anthropologie médicale, de philosophie et de psychologie. A partir de là, son engagement pour l’éducation s’étendit à l’enseignement supérieur et aux psychothérapies.

 

Parmi les multiples activités en lien avec la recherche, il eut le privilège d’essayer différents systèmes thérapeutiques avec des malades mentaux. C’est là qu’il essaya ses premières danses thérapeutiques avec des malades de l’hôpital psychiatrique. A partir du succès qu’il obtint avec ses expériences, il étendit le système pour qu’il soit appliqué dans d’autres domaines cliniques et avec des personnes normales. Le système d’exercices et de musiques utilisé fut appelé « Psicodanza ».

 

Au vue des résultats observés et du prestige qu’avait acquis la Psicodanza, Rolando Toro fut nommé professeur de psychologie de l’art et psychologie de l’expression à l’institut d’esthétique de l’université pontificale catholique de Santiago.

 

Rolando Toro changea ensuite le nom de Psicodanza pour « Biodanza », « danse de la vie », dont le développement a atteint lentement des dimensions mondiales.

 

Nous pouvons donc dire que la Biodanza eut comme antécédent direct les expériences de Rolando Toro dans l’éducation ; son accent est mis sur la restructuration affective des personnes et sur le principe biocentrique.

 

En raison du coup d’état militaire au Chili, Rolando Toro s’exila successivement en Argentine, au Brésil et en Italie pendant vingt-quatre ans. Dans ces pays, la Biodanza s’est répandue en s’appliquant également à l’éducation.

 

Ce modèle éducatif a eu de nombreux noms comme, par exemple : « Ecole Univers », « Education holistique » et « Education sauvage ». Rolando Toro a finalement choisi le nom « Education biocentrique » comme le lui avait suggéré la pédagogue brésilienne Ruth Cavalcante, considérant que ce modèle éducatif se basait sur le principe biocentrique décrit dès ses premières propositions éducatives.

 

Le principe biocentrique formulé par Rolando Toro en 1970 est un nouveau paradigme pour les sciences humaines : « centrer tous les objectifs de la culture sur la vie », éliminant ainsi les programmes idéologiques. L’éducation devient « la culture de la vie et de la joie de vivre ».

 

L’éducation biocentrique utilise comme médiateur le système Biodanza, une approche qui inclut la vivencia, la sensibilité cénesthésique et l’affectivité par le mouvement corporel, la créativité, la musique et des situations de rencontre en groupe.

 

Rolando Toro dit : « L’heure est arrivée de donner à l’éducation une approche orientée sur la survie et le rétablissement des fonctions originaires de vie. A partir du principe biocentrique, l’éducation devra cultiver les fonctions qui permettent l’évolution affective des êtres humains. »

 

L’éducation biocentrique propose un accès à la nature, à la terre, aux plantes, aux animaux, au chant et à la danse, à la préparation des aliments, au soin pour l’environnement et surtout à l’apprentissage de nouvelles formes de cohabitation, non compétitives mais empathiques.

 

Rolando Toro considère que les formations intellectuelles et technologiques sont très importantes, mais si l’intégration affective ne se fait pas, elles conduisent à la perte de sens, à la banalisation et à la violence.

 
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Article du mois de février 2011
 

Biodanza et Argile par Dorli Signor

 

Qu’est-ce que la Biodanza avec l’Argile ?

 

Je me suis moi-même souvent posé la question. Pour y répondre, il faut répondre avant à une autre question : Qu’est-ce que la Biodanza ?

 

Je pense qu’il est difficile de faire comprendre à quelqu’un qui n’est pas passé par cette vivencia ce qu’est la Biodanza. Il s’agit d’une vivencia inédite. Et la personne qui ne l’a pas vécue n’a pas de point de référence qui pourrait lui faire comprendre. Mais je peux essayer.

 

La Biodanza c’est une multiplicité de situations en groupe où les personnes passent par différentes vivencias. Nous supposons que parmi ces différentes vivencias, quelqu’un a pour la première fois la vivencia de bouger avec plaisir. Quand ceci arrive, la personne a compris de façon vivencielle ce qu’est la Biodanza. Elle fait la première danse de sa vie. La Biodanza est donc un mouvement organique, elle fait comprendre à l’être humain, par la vivencia, des réalités encore jamais imaginées.

 

La Biodanza avec l’Argile n’est pas différente de la Biodanza en elle-même. Seul entre en plus l’élément de l’argile qui est la plasticité des émotions et des vivencias, ce qui n’arrive pas en Biodanza sans argile. La Biodanza avec l’Argile sculpte les émotions, les sentiments et les vivencias. Les émotions acquièrent des formes sculptées. Ainsi, la Biodanza avec l’Argile est la sensation inédite de se sentir pour la première fois artiste, créateur, sculpteur. Ceci est une émotion très forte. J’ai déjà eu plusieurs élèves céramistes ou formés en arts plastiques qui ont vécu pour la première fois, par la Biodanza avec l’Argile, l’émotion d’être un sculpteur. Il s’agit de déclencher ce germe créateur que chacun a. L’essence première de l’être humain est, je crois, d’être un créateur. La Biodanza avec l’Argile peut être un environnement où l’être humain peut rencontrer son essence.

 

Une autre chose très importante qui se passe en Biodanza avec l’Argile pour récupérer ce germe créateur est la présence de certains rituels et cérémonies. Dans ceux-ci, l’argile liquide, crémeux, joue un rôle décisif. Ces cérémonies et rituels lavent la boue et les déchets que la culture a mis sur notre potentiel créateur. « Laver la boue avec un peu de boue » comme le disait déjà Héraclite il y a plus de 300 ans avant Jésus-Christ.

 

Un autre effet important à noter des rituels et cérémonies avec l’argile liquide est la diminution de l’obsession et du perfectionnisme qui empêchent le développement et la création chez l’être humain.

 

La Biodanza avec l’Argile est une proposition de connexion profonde avec le matériel primordial – l’argile – dont nous faisons partie et avec les potentiels créateurs de l’être humain.

 

Nous n’avons pas été faits pour imiter les autres. Chaque être humain est unique. Il n’y a pas d’imitation. Seul le perroquet répète. Métaboliser le monde et le recréer est une caractéristique des êtres humains.

 

Pourquoi ne suis-je pas un poète, un musicien, un écrivain, un sculpteur et même un créateur, un innovateur ?

 

La Biodanza avec l’Argile peut être l’environnement où l’être humain peut se surprendre. La proposition est : mettre sa main sur l’argile et se surprendre avec sa première création. La Biodanza avec l’Argile est une proposition inédite : faire des sculptures de ses propres émotions, sentiments et vivencias. Entrer dans ce monde c’est entrer dans l’océan inépuisable de la création. La Biodanza avec l’Argile est l’environnement où l’être humain peut s’aventurer sans embarras.

 

Quand en 1983 j’ai participé au 1er Congrès latino-américain de Biodanza à Rio de Janeiro, j’ai connu la méthode pour piano du Professeur Charles Franz. Dans l’introduction, le professeur Charles a dit ceci : « La méthode s’appelle : sens et touche ». Il a invité des personnes de l’auditoire. Ce fut deux jeunes, un garçon et une fille. Ils ne connaissaient pas le piano. Ils ont donc joué leur première musique. J’ai également fait ce cours à Sao Paulo et c’était vraiment ainsi. La Biodanza avec l’Argile n’est donc pas différente, pose ta main sur l’argile et fais ta première sculpture. C’est vraiment une question de méthode. La nature est simple. Nous sommes habitués à fréquenter des écoles pendant des années en n’apprenant presque rien. Si les écoles étaient de meilleurs lieux pour la création, nous serions sans doute un pays différent. Il suffit de penser, par exemple, aux multiples facultés d’arts plastiques, et où sont les artistes ?

 

Il faut un lieu où l’artiste émerge de lui-même stimulé par un environnement propice. La Biodanza avec l’Argile peut être un de ces lieux.

 

Biodanza avec l’Argile et les quatre éléments

La Biodanza avec l’Argile,  c'est les instincts, les émotions et les sentiments dans la sculpture. Quelle est la relation entre ces composantes et les quatre éléments : Terre, Eau, Air et Feu ? Les émotions peuvent par exemple être plus ou moins accompagnées des quatre éléments. Elles peuvent être plus ou moins pesantes ou plus ou moins humides, plus ou moins légères ou plus ou moins chaudes. Les émotions doivent passer par le feu de la vie pour manifester sa consistance ou non. Les émotions qui deviennent sculptures également…. Leur consistance dépend de la participation adéquate des quatre éléments. S’il y a beaucoup de terre, de masse, l’air aura des difficultés à passer et le feu mettra en péril l’intégrité de la sculpture à cause de son brasier. Ainsi, s’il y a beaucoup d’eau, l’air ne pourra circuler.

 

La Biodanza avec l’Argile  peut donner un feedback sur comment les émotions participent à la vie. Si, par exemple, les émotions ont beaucoup d’eau, les relations se compliquent. L’émotion très humide peut noyer l’autre personne. S’il y a beaucoup d’air, les relations non pas de consistance. S’il y a beaucoup de terre, les relations ne profitent pas de la transcendance. S’il y a beaucoup de feu, il n’y a pas de relations qui durent. Tout éclate, tout casse.

 

La Biodanza avec l’Argile est ainsi une manière de réguler la participation des quatre éléments dans la vie.

 
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Article du mois de mars 2011
 

Rolando raconte la Biodanza par Mimmo Tringale

(article publié dans l’édition du 6 décembre 2002 dans le magazine trimestriel de médecine naturelle « Salute è » ajouté à l’édition « Aam Terra Nuova » n°30, décembre 2002)

 

Biodanza : le mouvement qui guérit

 

De quelle façon tes expériences professionnelles avec les malades psychiatriques ont influé sur la création de la Biodanza ?

Dans les premières années de mon activité professionnelle, j’ai travaillé dans le domaine sanitaire, je m’occupais d’anthropologie médicale. Mon travail dans les hôpitaux psychiatrique consistait à donner des médicaments. Déjà à ce moment-là, je m’aperçus de comment la musique et le mouvement pouvaient avoir un effet thérapeutique sur les malades et j’ai donc commencé à les utiliser dans des expériences. Ceux qui en tiraient le plus de bénéfices étaient ceux qui souffraient de dépression,  déjà après quelques séances ils changeraient complètement d’état d’âme. Dans ce temps-là, on n’avait pas encore affiné la technique de l’utilisation de la musique et il arriva donc, d’une part que, déjà après la première session, les hallucinations disparaissaient, on enregistrait après chaque rencontre de Biodanza une augmentation constante de cas de délire. Plus exactement, alors que les exercices qui stimulaient la vitalité, le rythme et une certaine euphorie amenaient à une diminution de la manifestation des délires et des hallucinations, les exercices, au contraire, qui amenaient tranquillité et sérénité les augmentaient. Après ces premières expériences, il me fut évident que pour éviter de tels inconvénients, je devais choisir des groupes d’exercices et des morceaux de musiques. Ainsi, une fois structuré le travail, j’ai commencé à  y introduire aussi les infirmières, les médecins et les étudiants en médecine. Cela s’est peu à peu diffusé dans toute l’université.

 

A combien de temps remontent ces expériences ?

Mes expériences se sont développées pendant environ huit mois. Ensuite, le coup d’état militaire de Pinochet en 1973, j’ai perdu toutes les quatre chaires que j’avais à l’université et je fus contraint à m’expatrier, d’abord en Argentine puis au Brésil. C’est au Brésil que je fus contacté par un couple d’italiens qui m’ont invité à amener la Biodanza en Italie où j’ai travaillé pendant environ huit ans.

 

Peux-tu mieux expliquer sur quels principes se base la Biodanza ?

La Biodanza se base sur le principe biocentrique. On peut la définir comme un système qui concerne tout ce qui est vivant et la vie humaine en premier lieu. Elle concerne ainsi tout le monde : les nouveaux nés, les enfants, les adolescents, les adultes et les personnes âgées. Elle concerne autant les malades que les personnes en bonne santé. Je dis que la Biodanza concerne tout le monde parce qu’il s’agit d’un type de travail qui va stimuler le système régulateur de sa totalité. On ne s’intéresse pas à intervenir au niveau d’un seul organe ou d’une seule pathologie, mais va améliorer dans sa complexité le fonctionnement du système nerveux, du système immunitaire et du système endocrinien. Il n’est pas rare que ceux qui souffrent de maux de tête, d’ulcère duodénal ou d’autres types de troubles de nature psychosomatique, ressentent des améliorations concrètes avec la pratique de la Biodanza. Bien-sûr, selon l’état de santé et l’âge, des types d’exercices différents seront proposés. La Biodanza qui se fait avec les enfants est différente que celles qui se fait avec les adultes, et les exercices indiqués pour des individus sains sont différents que ceux nécessaires aux personnes qui souffrent d’une pathologie spécifique.

 

Plus exactement ?

La Biodanza cherche à stimuler cinq grandes potentialités : la vitalité dont dépend le plaisir de vivre ; la sexualité qui stimule le désir de fusion, de plaisir et d’amour, même la fusion génitale (il y a de nombreux cas d’amélioration de la fertilité grâce à l’action positive de la Biodanza sur le système endocrinien) ; la créativité qui est la capacité d’amener de la nouveauté dans sa propre existence, mais aussi dans le domaine artistique et plus généralement dans la vie professionnelle ; l’affectivité entendue comme la capacité de communiquer au niveau affectif avec son propre partenaire, mais aussi avec toutes les personnes avec lesquelles on est en relation (l’affectivité est un des potentiels qui émerge avec le plus de force suite au travail avec la Biodanza) ; la transcendance, non dans le sens de la vie après la mort, mais la transcendance de l’égo (dans le sens de se donner la permission d’entrer dans l’âme de l’autre par l’empathie).

Ces potentialités sont stimulées par la Biodanza grâce aux exercices et à des morceaux de musique spécifiques. Pour stimuler la joie de vivre, on n’utilise pas bien-sûr la marche funèbre de Beethoven, ni une marche militaire. De même, quand on travaille sur l’affectivité, on ne peut utiliser une musique violente, mais des morceaux évoquant une atmosphère romantique et affective seront plus indiqués.

 

Concrètement, quels sont les avantages assurés par la Biodanza ?

En stimulant les cinq potentialités dont je parlais précédemment, la Biodanza donne à chacun ce dont il a besoin : joie, créativité, affection, tendresse, transcendance…, ce sont des besoins fondamentaux et universels. C’est justement dans la capacité à stimuler ces potentialités et à donner une réponse à ces besoins universaux que réside le secret du succès de la Biodanza dans différents pays du monde. Un succès qui survient sans grand travail de promotion et de publicité : de l’Europe à l’Amérique du Sud, des Etats-Unis au Japon.

 

Peux-tu mieux expliquer le principe biocentrique ?

Le principe biocentrique est le fondement de la vie, le principe autour duquel, pour la Biodanza, la vie tourne : économie, politique, sciences, lois, éducation, médecine, tout doit tourner autour de ce principe. Ce fondement se manifeste chez l’homme par l’instinct. Aujourd’hui cependant on a très peur de l’instinct, notre culture est contre l’instinct. Un exemple très concret de comment notre culture nie l’instinct est la guerre. Ceux qui vont à la guerre vont contre l’instinct de conservation qui est une des formes les plus fortes de l’instinct. L’instinct de nid, d’avoir une maison se désagrège aussi aujourd’hui à cause de l’individualisme qui se répand ; également l’instinct de solidarité intra-espèce. L’homme est l’unique espèce qui tue ses semblables. Pour mieux expliquer comment on est arrivé à cette négation de l’instinct, cela vaut la peine de donner un exemple. Quand un homme sent une forte attraction vers une femme, il ne se jette pas sur elle. Ce qui se passe c’est que le cortex cérébral suggère des stratégies socialement acceptables pour la conquérir. Ainsi, l’homme cherchera à trouver la façon d’entrer en conversation avec la femme dont il est attiré, il l’invitera à boire quelque chose et ainsi de suite. Tous les instincts peuvent être modulés socialement et cette modulation est souvent nécessaire et souhaitable. Avec le temps, cependant, cette capacité du cortex cérébral à moduler les instincts s’est transformée en répression. C’est justement là que travaille la Biodanza, à donner l’importance juste aux instincts et à restituer à l’individu la juste mesure de la fonction de modulation en surmontant la répression.

 

J’imagine que la Biodanza s’exprime différemment selon les pays. Quels sont les principales différences ?

J’ai déjà dit que la Biodanza travaille sur les besoins universaux. Au-delà des diversités culturelles, raciales et économiques, nous désirons tous de l’affection, de la joie, de la créativité, de la transcendance. Depuis quelques temps, la Biodanza s’est également diffusée au Japon. Culturellement, les japonais sont habitués à avoir une certaine distance physique, mais aujourd’hui au Japon également, dans l’école de Biodanza, on peut voir des groupes de quarante, soixante personnes qui s’enlacent sans problème. Au Mexique, j’ai noté un autre type de difficulté. Les personnes sont très affectueuses mais ont de la peine à se regarder dans les yeux. Avec la Biodanza, nous avons aussi réussi à surmonter ce tabou. Dans d’autres pays, comme par exemple le Chili, il y a une grande répression sexuelle. Ce que fait la Biodanza, c’est surmonter les barrières et donner à chacun la possibilité de manifester sa propre vitalité.

 

Au début de l’entretien tu as mentionné le travail avec les enfants, peux-tu mieux expliquer en quoi il consiste ?

Oui, un domaine d’intervention très intéressant de la Biodanza est l’éducation affective des enfants. L’idée est que dans le monde d’aujourd’hui, il y a beaucoup d’agressivité : dans les jeux, dans la rue, dans les villes, dans les familles, à l’école, dans la société. Cette agressivité a créé depuis des siècles des millions de morts. Nous faisons tant d’effort aujourd’hui pour éliminer la violence et l’agressivité dans la société. De nombreux pays comme l’Italie ont écrit dans leur constitution qu’ils refusaient la guerre comme résolutions des conflits internationaux. En somme, oralement, nous sommes tous d’accord pour la paix, mais ceci ne semble pas réduire la violence dans ses différentes expressions.

Pourquoi ? A mon avis, tout ceci dépend du fait que le mal est dans l’individu. Et ceci est un problème lié à l’évolution. L’évolution biologique demande des millions d’années, l’évolution culturelle par contre est très rapide. Mon idée est que tant que nous ne réussirons pas à modifier certains mécanismes de la psyché de l’espèce humaine dans sa totalité, en mettant au centre de toutes les valeurs le respect absolu de la vie, il n’y aura pas de solutions à la guerre et à la violence quotidienne. Voilà pourquoi une méthodologie capable de réorganiser le domaine de l’affectivité devient nécessaire. Je suis convaincu que ce n’est que quand nous arriverons à modifier la façon de vivre l’affectivité, que nous pourrons arriver à la paix. Nous devons réapprendre à sentir du respect pour la vie de l’autre. L’éducation affective des enfants a justement cet objectif. Eduquer les hommes du futur à avoir du respect pour la vie, dans toutes ces expressions.

 

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Article du mois d'avril 2011
 

Biodanza comme système de réhabilitation existentielle pour des personnes souffrant de troubles mentaux par Marcelo Mur

 

Cette réhabilitation consiste essentiellement à proposer un exercice physique modéré et des stimulations à la socialisation.

 

Les effets de la pratique de la Biodanza avec ces personnes ont été les suivants :

1.       Récupération de la capacité à bouger. Nous utilisons des fiches pour mesurer l’évolution de cette capacité : rythme, synergie, coordination, intentionnalité, flexibilité, fluidité sont certaines des catégories motrices qui se sont améliorées avec la pratique de la Biodanza. Celle-ci consiste en exercices inspirés par des mouvements naturels de l’être humain comme marcher, sauter, s’étirer, exercices qui sont faits avec une musique qui stimule le mouvement et les sensations corporelles que celui-ci réveille. Les exercices sont soigneusement choisis en lien avec le « modèle théorique » de la Biodanza et leurs effets sont prévus et toujours sous contrôle.

2.       Elévation de l’état d’âme. La danse et les rencontres dans un groupe affectivement intégré génèrent un bien-être profond qui rééquilibre les sautes d’humeur, lesquelles se manifestent toujours avec une moindre fréquence et une moindre intensité.

3.       Amélioration de la capacité de communiquer avec les autres. Nous utilisons des fiches pour mesurer l’évolution de la capacité à entrer en connexion avec l’autre, à entrer en contact et à établir une réciprocité dans les relations. Les gestes connectés à la socialisation, comme regarder dans les yeux, écouter, parler, sourire, donner la main, embrasser, caresser, inspirent un ensemble d’exercices et de situations de rencontre en groupe qui permettent de surmonter la difficulté à communiquer.

4.       Augmentation du jugement de la réalité. La personne commence à se percevoir dans « l’ici et maintenant », dans une parole, à se vivre. Elle a conscience de son propre corps et de sa propre condition. Elle se souvient de ses proches. Elle manifeste le désir de surmonter les difficultés. Il y a ici beaucoup de corrélation entre le jugement de la réalité et la capacité de communiquer avec les autres.

5.       Rééducation de l’affectivité. Dans le groupe de Biodanza, la majeure partie de ces personnes se montre sensible et arrive à exprimer des sentiments adéquats et cohérents avec les situations proposées. Des exercices spécifiques de communication affective et de communion, et des exercices de donner et recevoir de la protection réveillent la capacité de s’identifier à l’autre, de le sentir et de le voir en profondeur, de le comprendre et de l’aimer.

6.       Fonctions intellectuelles. On n’obtient pas toujours des progrès importants dans ce domaine ; mais ces personnes s’améliorent quand elles se sentent socialisées, font une activité expressive et créative, aiment et se sentent aimer.

 

La Biodanza atteint ces objectifs en stimulant les fonctions en lien avec la connexion à la vie. Une fonction archaïque qui permet l’existence de la vie même et qui peut devenir, par un processus de maturation intérieur, une attitude consciente.

 

Les mécanismes d’action fondamentaux de la Biodanza avec ces personnes peuvent se résumer à ces deux points :

1° Renforcer sa propre identité : c’est-à-dire induire les personnes à se connecter avec elles-mêmes, à découvrir ce qu’elles veulent et à agir, à augmenter leur confiance en elles et leur auto-estime.

2° Récupérer la fonction de lien affectif : soit faciliter et rendre possible qu’elles communiquent avec les autres, qu’elles apprennent à écouter les autres et à se faire entendre des autres, et qu’elles apprennent à communiquer en réciprocité, à développer l’écoute et l’aspect amical des relations.

 

Je décrirai brièvement les aspects saillants d’une expérience réalisée récemment avec des personnes d’un centre psychosocial de la commune de Rovato, dans la province de Brescia.

Ces personnes se sont présentées avec des troubles moteurs et de l’humeur tels que :

            Excès ou manque de mouvement

            Altérations de l’expressivité, comme des expressions chroniques du visage (triste ou indifférent ou effrayé), déambulation altérée et gestes altérés.

      Altérations de l’équilibre psychomoteur, comme des stéréotypies dans l’attitude et le mouvement, un comportement artificiel, tic, et dans certains cas  

      aussi du négativisme.

      Rigidité motrice variée

      Peur et angoisse

      Dépression

      Sentiments d’omnipotence

      Sentiments d’infériorité.

 

Ces troubles moteurs et de l’humeur sont liés à des altérations de la perception corporelle, et ceci implique deux aspects complémentaires : comment la personne se voit et comment elle se sent.

 

La proposition de la Biodanza est centrée justement sur l’induction d’expériences intégrantes de la perception corporelle qui permettent et offrent un bien-être et une sécurité.

 

Voici quelques observations et expériences que j’ai faites avec ce groupe :

           

Pendant la première session, à la fin de chaque exercice, les personnes applaudissaient spontanément. A l’évidence, la proposition plaisait. La session terminée, tous restaient dans la salle, en se tenant les mains dans la ronde avec laquelle je concluais chaque session. Personne ne voulait partir. Les éducateurs étaient stupéfaits, parce que cela ne s’était jamais produit auparavant ; habituellement, ces personnes étaient distraites, se refermaient sur elles-mêmes, sortaient de la salle, etc.

           

Les participants, qui au début manifestaient des rigidités motrices, un manque de rythme et de fluidité, un manque d’initiative, qui tendaient à s’isoler, avec la succession des sessions, se relâchaient, entraient dans le rythme, la fluidité, prenaient des initiatives, manifestaient de la joie, du plaisir à partager. Peu à peu, presque tous sont arrivés à prendre l’initiative de se proposer à un autre compagnon pour danser. Ensuite, ils se sont aussi rapprochés entre eux hors des sessions de Biodanza. Pour les éducateurs, ceci fut absolument inespérés.

 

Ils se sont également exprimés pendant le partage verbal des expériences vécues ; ils ont réussi à s’ouvrir, à se raconter aux autres. Ils se rappelaient relativement bien des situations vécues pendant la session de la semaine précédente.

           

Ces personnes appréciaient en particulier les stimulations amenées par la musique : « la musique fait beaucoup de bien » a dit l’une d’elles.

           

Un autre aspect stimulant leur participation à cette expérience fut le partage des activités : « c’est très beau de faire les choses ensemble ».

           

Finalement, ils appréciaient juste la possibilité d’échanger des contacts affectifs, des caresses et en particulier l’échange d’étreintes.

           

Ils appréciaient la valorisation de chaque individu dans sa singularité et la stimulation de l’autonomie : presque tous participaient activement aux propositions individuelles au centre de la ronde.

           

Déjà après les premières sessions, certains prenaient évidemment plus soin d’eux-mêmes ce qui était un signal clair d’une augmentation de la confiance en eux.

           

Ils ont également posé beaucoup de questions, montrant un intérêt authentique pour en savoir plus sur les thèmes avec lesquels j’introduisais chaque session. Cette curiosité était vraiment notable parce que le groupe entier m’a ensuite interviewé avec 12 questions vraiment originales. Une expérience très riche et très stimulante pour moi.

           

Ils ont réussi par exemple aussi à se relâcher de façon agréable

           

Ils ont été capables de manifester de la volonté et de la détermination

           

Certains ont réussi à prendre l’initiative pour aider un compagnon en difficulté

           

Certains se consacraient vraiment à « rendre contagieux » l’enthousiasme et la sympathie pour les autres.

 

Pour conclure :

La Biodanza a été proposée avec succès comme système de réhabilitation existentielle pour des personnes souffrant de troubles mentaux.

Cette expérience que j’ai décrite confirme les résultats obtenus par mes collègues dans d’autres parties de l’Italie et du monde.

L’effet global fut le réveil de nouvelles motivations pour vivre.

La modalité utilisée fut de proposer un exercice physique modéré, des rencontres et des contacts respectant deux règles fondamentales : la progressivité et la réciprocité, dans un groupe affectivement intégré.

Les effets de cette activité se potentialisent quand les éducateurs et les proches participent également. De cette façon, la réhabilitation existentielle se fait plus efficacement.

Pour celles qui ont des troubles mentaux, la Biodanza a offert la possibilité de récupérer son propre corps comme source de plaisir et la valorisation de soi-même.

Le bien-être personnel devient bien-être social quand ces personnes se réintègrent avec dignité à la vie partagée et sont acceptées et aimées par les autres.

Des existences, dans le cas de troubles graves, peuvent trouver dans le groupe de Biodanza un allègement à leur souffrance, l’intégration spontanée, naturelle à la communauté et une nette amélioration de leur qualité de vie.

 
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Article du mois de mai 2011
 

Biodanza et troubles gastro-intestinaux par Rolando Toro Araneda

 

1. Effet des conflits émotionnels sur le tractus gastro-intestinal (tube digestif)

Plus de 50% des problèmes gastro-intestinaux ont leur origine dans le stress émotionnel.

Voici la liste des symptômes et des problèmes gastro-intestinaux d’origine émotionnelle, selon « De l’émotion à la lésion » Hoffmann-La Roche, Bâle, 1968 :

 

Anorexie

Spasme du pilor

 

Boulimie

Dyskinésie hépato-biliaire

 

Nausées

Syndrome post-cholécystectomie

 

Vomissements

Entérite

 

Vomissements habituels

Colite

 

Dysphagie

Colites mycotiques

 

Aérophagie

Colites ulcéreuses

 

Boule hystérique

Colites irritables

 

Douleurs épigastriques

Aérocolie

 

Gastrite et gastroduodénite

Coliques et douleurs abdominales

 

Ulcère duodénal

Diarrhée

 

Troubles d'origine émotionnelle post-gastrectomie Troubles gastro-intestinaux fonctionnels, névroses gastriques, symptômes gastro-intestinaux fonctionnels multiples, dystonie neurovégétative avec symptômes gastro-intestinaux

 

 Les individus incapables d’exprimer leurs émotions sont plus sujets à des problèmes viscéraux (Neumayr). Ces malades ont besoin de diminuer, outre les anti-acides et les spasmolytiques, la tension émotionnelle résultant du stress psychique.

 

L’impossibilité de l’individu à libérer les tensions internes induit chez lui des troubles psychosomatiques sur l’œsophage, l’intestin, le foie et la vésicule biliaire.

 

Greif a étudié l’influence des émotions sur la sécrétion biliaire chez différents animaux immobilisés. Il a observé que l’immobilisation forcée amenait une diminution sensible de la sécrétion biliaire. Celle-ci se normalisait quand les animaux récupéraient la liberté.

 

Des situations de peur, la crainte de l’échec et des situations d’épreuves peuvent conduire à une hypermotilité intestinale avec diarrhée.

 

Des sentiments de tristesse et d’abattement provoqués par l’évocation d’une souffrance amènent à l’arrêt de l’activité motrice du côlon.

 

Les tensions émotionnelles peuvent influer sur l’œsophage. Quand on enregistre les mouvements de l’œsophage, sous l’effet d’une peur subite, de la surprise ou de difficultés inattendues, il y a une immobilité de l’œsophage d’origine émotionnelle.

 

Le spasme fonctionnel de l’œsophage, ainsi que les convulsions émotionnelles œsophagiques qui apparaissent chez l’enfant face à certains aliments qu’il rejette, sont des expressions de problèmes de motilité d’origine psychogène (Greif).

 

Des facteurs émotionnels créent fréquemment des vomissements, des spasmes cardiaques et des spasmes du pilor.

 

Pavlov a démontré que les réflexes conditionnés influent sur la sécrétion des glandes de l’estomac. Ces mécanismes réflexes peuvent aussi provoquer l’inhibition de la fonction sécrétoire de la glande.

 

La sécrétion de suc gastrique dépend de l’ingestion d’aliments. Cette sécrétion diminue pendant le sommeil.

 

Mittlemann, Seymur, Shay, Wolf et d’autres chercheurs ont établi une relation irréfutable entre le stress émotionnel et l’augmentation de la sécrétion acido-chlorhydrique et de pepsine.

 

L’ulcère peptique est la « maladie psychosomatique » par excellence. C’est une maladie chronique qui présente des rémissions et s’aggrave en lien avec les conflits émotionnels. Tous les auteurs s’accordent à dire que les facteurs émotionnels sont producteurs d’hypersécrétion gastrique.

 

2. Vomissements

Le vomissement est un réflexe antipéristaltique qui se produit quand l’organisme a besoin de se libérer que quelque chose de nocif. Le vomissement commence avec la salivation et une sensation de nausée. La glotte se ferme pour empêcher l’aspiration du vomi vers la trachée.

 

La respiration se suspend en inspiration moyenne. Les muscles de la paroi abdominale se contractent et comme le thorax est maintenu dans une position fixe, la contraction augmente la pression intra-abdominale. L’œsophage et le cardia gastrique se relâchent. L’anti-péristaltisme commence et le contenu gastrique est expulsé.

 

Cet ensemble coordonné d’activités est à la charge du centre du vomissement qui se trouve dans la formation réticulaire du bulbe, au niveau des noyaux olivaires. Les vomissements d’origine psychosomatique s’interprètent comme l’expression des émotions de rejet ou la répulsion de situations externes qui stimulent les centres nerveux du bulbe.

 

Ces situations peuvent avoir un caractère émotionnel immédiat ou concerner tout l’aspect existentiel « un dégoût de soi-même », « un dégoût de vivre ».

 

3. Diarrhée

Les diarrhées psychosomatiques sont déclenchées par l’angoisse aigüe ou la peur subite. C’est le désir d’évacuer des situations angoissantes ; elles sont très fréquentes chez les acteurs qui doivent affronter un public, chez les étudiants en situation d’examen, chez des personnes soumises au stress du voyage.

 

Il faut bien-sur éliminer d’abord les symptômes de la maladie avant de commencer la réhabilitation par la Biodanza.

 

Les exercices seront dirigés ver le renforcement de l’identité et l’augmentation du courage de vivre.

 

4. Constipation

Il existe différentes hypothèses pour expliquer les mécanismes psychologiques qui génèrent l’ulcère gastrique et d’autres problèmes de l’appareil digestif.

Dumbar, Chandler, Freud, Wolff et d’autres soutiennent que l’ulcère peptique se produit souvent chez des personnes avec un niveau de vie  et d’indépendance élevé, soumis au stress et à une tension constante.

La constipation se voit chez des personnes ordonnées, avec une obsession pour la propreté et une tendance à l’avarice. Dans ce cas, la tendance à l’ulcère dépendra du type de personnalité.

La constipation a une origine polygénique.

Selon la psychanalyse, elle s’interprète comme une tendance à la rétention, « ne rien modifier », maintenir les situations conflictuelles de façon conformiste, « s’assujettir ». Il s’agit en général d’individus propres et, dans 25% des cas, avec une dystonie neurovégétative.

Selon Grace et Graham, la constipation exprimerait le désir de « résister ». Alexander caractérise la situation comme « Je dois garder ce que j’ai ». Selon Freud, elle correspondrait à un érotisme anal et à une typologie obsessionnelle.

La thérapie doit être dirigée vers la mobilisation des contenus internes, vers le changement de la situation affective. Les malades résistent généralement, désirant inconsciemment garder la situation inchangée.

 

Facteurs émotionnels qui influent

sur l'hypersécrétion gastrique

 

 

 

Angoisse et peur

chroniques

 

 

Hostilité

réprimée

 

          

 

 

 

 

 

 

Augmentation des besoins

et des dépendances

 

 

Hypersécrétion gastrique

Ulcère chronique

 

 

 

 

 

Insécurité dans des situations professionnelles ou familiales

 

 

 

 

 

 

Souffrance

par abandon

 

Frustration sexuelle et/ou amoureuse

 

 

 

5. La relation mère-enfant dans l’étiologie des problèmes gastro-intestinaux

Le premier contact qu’a l’enfant avec le monde extérieur, dont la signification émotionnelle dure toute la vie, est le sein maternel. La satisfaction de l’instinct alimentaire est profondément associée à des sensations de bien-être et de sécurité.

 

L’alimentation est en plus associée au sentiment d’être aimé. Ce sentiment se renforce quand la mère allaite avec tendresse et sollicitude.

 

En plus de calmer la faim, l’acte d’allaiter stimule les muqueuses  de la bouche et des lèvres qui, avec les mouvements de succion, produisent du plaisir (érotisme oral).

 

L’érotisme oral est précurseur des excitations génitales postérieures.

 

Ainsi, le processus de nutrition est associé, dans un sens large, à la sexualité par sa qualité libidinale.

 

6. Etiologie polygénique des problèmes gastro-intestinaux

La frustration des impulsions réceptives orales crée une tension et mobilise des impulsions de nature agressive qui prennent la forme d’un besoin de mordre ; possessivité, voracité, envie (S. Freud).

 

Sont ainsi profondément liées, les impulsions orales réceptives, orales agressives et orales libidinales.

 

Ces impulsions peuvent être inhibées et réprimées par des émotions de honte, de culpabilité, de peur. La crainte du châtiment, la perte de l’amour induisent aussi des problèmes dans ces impulsions vitales.

 

Le blocage de l’expression de ces tendances au plaisir peut créer un état de tension chronique qui affecte les voies physiologiques associées.

 

Les conflits sexuels peuvent se décharger sous forme régressive par le tractus gastro-intestinal et créer de graves problèmes à ces fonctions.

 

L’angoisse diminue quand elle se somatise. Les conflits s’installent dans les organes et la tension diminue.

 

7. Aspects théoriques

Les études soulignent l’importance des facteurs inconscients sur le processus de somatisation.

Des recherches réalisées par Wolff et Wolff, Grider et Walker et Margolin démontrent que l’organe, de tout côté, s’érotise et se libidinise et devient l’organe primaire d’expression de tout ce que l’individu sent.

Szasz a introduit le concept d’ « innervation régressive » comme l’équivalent physiologique de la régression psychologique. Cette innervation régressive comprend le système nerveux parasympathique et d’autres mécanismes humoraux.

Alexander et collaborateurs ont soutenu que les malades d’ulcère peptique avaient un type spécifique de conflit émotionnel.

Mahal a rejeté le concept de spécificité formulé par Alexander et a suggéré que le facteur le plus important dans la genèse de l’ulcère peptique était « l’angoisse et la peur chronique ».

Cannon a démontré que la peur inhibe le parasympathique en diminuant la sécrétion d’acide chlorhydrique (inhibition vagale).

Mahal suggère que, en accord avec la théorie de Cannon, l’hypothèse sur l’origine de l’ulcère peptique ne peut que s’appliquer à la peur chronique et non à la peur aigüe.

Des expériences faites avec des singes en état de peur aigüe ont démontré que celle-ci diminuait la sécrétion d’acide chlorhydrique, alors que dans les expériences de peur chronique se produisait une augmentation du niveau d’acide chlorhydrique. Il fut ainsi démontré que, si les voies parasympathiques étaient inhibées pendant la peur aigüe, ceci ne se produisait pas dans la peur chronique durable.

8. Mécanisme d’action hypothalamique

Shay et collaborateur ont élaboré un schéma qui montre les phases intermédiaires du mécanisme par lequel le stress émotionnel amène à l’augmentation de la sécrétion du suc gastrique.

 

Selon Shay et collaborateurs, le stress émotionnel influence les noyaux hypothalamiques postérieurs en transmettant des neurotransmetteurs cholinergiques et adrénergiques au lobe antérieur de l’hypophyse par le système porte qui déclenche la libération d’ACTH et de corticostéroïdes qui, à leur tour, stimulent la sécrétion gastrique.

 

   

Stress émotionnel

   
 

 

 

Noyau de

l'hypothalamus

antérieur

     

Noyaux

hypothalamiques

postérieurs

   

Neuro-humeurs

cholinergiques

adrénergiques

Noyau du

neurogastre

     

Hypothalamus

 

   

Circulation porte

Nerf

neurogastrique

     

Lobe antérieur

de l'hypophyse

 

 

ACTH

     

Corticosurrénales

 

   

ACH

 
   

 
   

Sécrétion gastrique

   

 

Le stress émotionnel peut se répercuter sur l’intestin grêle en modifiant sa motricité.

 

Le registre de la motricité normale de l’intestin est d’une fréquence de 10 à 15 par minute. Quand une personne est sous l’effet du stress émotionnel, il se produit immédiatement une réaction à deux phases alternant entre inhibition et ondes à grande amplitude (Greif).

 

L’expérience montre que la sécrétion gastrique permanente est due à l’augmentation de l’excitabilité du système parasympathique.

 

9. Action de la Biodanza sur l’ulcère peptique

 

A la lumière de ces connaissances, nous pouvons comprendre pourquoi la Biodanza est un traitement de choix pour l’ulcère peptique et les problèmes psychosomatiques du système gastro-intestinal.

 

Les exercices de Biodanza renforcent l’identité et les impulsions d’autonomie. La dépendance orale tend à diminuer.

Les exercices d’harmonisation ont un effet tranquillisant et anxiolytique.

 

Les danses d’amour et de caresses compensent peu à peu la carence affective et développent de nouvelles attitudes face à la sexualité et à l’estime de soi.

 

L’intense activité motrice et les situations de rencontres humaines déplacent la connectivité neurologique en orientant l’activité globale de l’organisme vers de nouvelles motivations existentielles.

 

Action de la Biodanza sur les problèmes

du système gastro-intestinal

 

   

Effet

anxiolytique

   
   

   

Renforcement de l'identité

Diminution des impulsions

de la dépendance

Effet thérapeutiques

de la Biodanza

sur la maladie ulcéreuse

Inhibition parasympathique.

Exercices de stimulation sympathique

   

   
   

Compensation affective

(caresses)

   

 

Dans le traitement des problèmes gastro-intestinaux, on doit éviter les exercices de régression et de transe qui induisent la production d’acétylcholine.

 

 

 

Vivencias intégrantes et

expression des émotions

 

Action sur les niveaux

supérieurs du SNC

 

 

Action sur les niveaux

limbique-hypothalamiques

 

 

Renforcement de l'identité

Augmentation

du courage de vivre

 

 

Régulation de la réponse

neurovégétative

 

 

Autonomie (libération) des

liens de dépendance

 

 

Inhibition du système

parasympathique-cholinergique

 

 

Diminution du stress

émotionnel

 

 

Diminution de

l'hypersécrétion gastrique

 

 

Changement dans la

structure symbolique

 

 

Restauration

des tissus

     

Modification de l'érotisme

     

 

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Article du mois de juin-juillet-août 2011
 

Le contact et la caresse: un besoin primaire de l'être humain par Sandra Salmaso

 

Par la peau s’apprend l’amour

Ce fut la rencontre avec la Biodanza qui a enrichi de significations humaines profondes mes recherches sur la Communication et le Contact, en m’offrant l’espoir de pouvoir parcourir des chemins salutaires de connexions avec la Vie.

 

L’histoire de chaque existence est un réseau de liens dont le plus fort doit être celui avec la Vie elle-même.

 

Ceci se passe, et il ne pourrait en être autrement, « sur notre peau ».

 

« Notre peau est le seuil d’un mystère merveilleux » dit Rolando Toro, ce sont les limites corporelles qui nous mettent en communication avec les autres et avec l’univers.

 

Dans la méthodologie de la Biodanza, il existe des instruments concrets pour remplir le besoin urgent de vitaliser l’acte instinctif de lien entre celui qui donne et celui qui reçoit.

 

« C’est par la peau que nous devenons des êtres humains capables d’aimer, on n’apprend pas à aimer dans les livres, mais en étant aimé » écrit Ashley Montagu.

 

C’est ainsi. C’est justement par la peau que dès la naissance, nous  percevons l’état d’âme de celui qui s’occupe de nous, comment la mère reçoit notre état d’humeur lorsque avec une énorme spontanéité instinctive nous recherchons la chaleur, nous tétons, nous réclamons à manger et de l’attention.

 

Dès l’enfance, nous aimons nos parents en aimant leur corps que nous touchons et que nous recherchons avec plaisir.

 

Et à l’âge adulte, est-ce parce que nous courons persécutés par le rythme frénétique du faire, que nous n’aspirons peut-être pas à l’étreinte réconfortante de celui que nous aimons ? Nous avons une nostalgie constante de mains douces et chaudes qui se posent sur notre peau et nous caresses avec dévouement.

 

Après tant d’années de travail avec des personnes qui m’ont demandé des soins et des massages, je suis arrivée à la conclusion que même le plus fermé et le plus hostile des êtres humains poursuit intimement le même besoin : toucher et être touché avec soin, caresser et être caressé avec amour.

 

Et celui qui feint le contraire ou soutient qu’il peut vivre sans affect et sans contact en a encore plus besoin.

 

Quand nous ressentons la fatigue ou une désillusion, quand nous sommes touchés par une disgrâce, nous sentons instinctivement le besoin de nous jeter dans les bras de quelqu’un pour qu’il nous console et s’occupe de nous.

 

Et quand nous avons peur ? Presque toujours prendre la main d’une personne en état de stress a un effet calmant, réduisant l’anxiété et procurant un plus grand sentiment de sécurité.

 

Comment est-il possible que la stimulation tactile, sous forme de caresses, de réconfort, d’étreinte et de bercement réussisse à produire des effets si efficaces sur les individus émotionnellement troublés ?

 

Et comment est-il possible que, dans notre vie quotidienne, familiale, de couple, dans l’amitié et aussi dans les relations de travail, un contact physique agréable représente une source naturelle et organique de bien-être, de joie, de gratitude et de plaisir de vivre ?

 

La réponse est très simple : recevoir un contact affectueux dès les premiers jours de vie et savoir en grandissant communiquer naturellement et facilement avec le contact corporel est une expérience fondamentale et nécessaire pour le développement comportemental sain de l’individu.

 

Un contact corporel réconfortant nous rend sûr et donne confiance en nous et dans la vie.

 

Ce qui nous met en relation avec le monde est la communication tactile.

 

Nous pouvons voir, écouter, penser à quelque chose, mais c’est par le toucher que ce quelque chose entre pour faire partie de notre expérience de vie.

 

Les comportements de contact

Il existe autant de différences culturelles dans les comportements de contact qu’il y a de pays dans le monde. Ils occupent tout l’arc des possibles du manque total de contact jusqu’à sa pleine expression.

 

A l’intérieur de la même culture, cependant, nous pouvons trouver des familles avec des comportements de contact minimum et d’autres dans lequel il est une partie très importante de la vie, où on s’étreint, on se caresse, on s’embrasse si fréquemment qu’on est étonné par ceux qui n’ont pas cette habitude.

 

Le contact corporel est une REPONSE INSTINCTIVE et le monde animal nous enseigne tellement à ce sujet : presque tous les animaux aiment être caressés ou reçoivent des stimulations tactiles.

 

Tous les mammifères touchent leur propres petits, habituellement en les léchant du sommet de la tête jusqu’à la pointe de la queue, dans une période proche de la naissance. Cet acte correspond au besoin physiologique d’activer les fonctions intestinales.

 

Il est éloquent de voir la façon dont les petits recherchent le contact : ils ont besoin de se blottir et de se recroqueviller en adhérent au corps de la mère et des frères et sœurs. C’est par ce contact qu’ils apprennent les comportements vitaux.

 

Si pour les animaux il est suffisant de recevoir des stimulations tactiles, pour les êtres humains le contact corporel doit avoir une composante fondamentale : « la tendresse ».

 

Les gestes qui permettent au nouveau-né de grandir sainement et en sécurité, doux et fort sont les gestes les plus antiques de soins et de donner et recevoir de l’affect : bercer, étreindre, caresser, embrasser, être proches, se regarder.

 

La satisfaction de cette exigence, même chez les adultes, sert à donner à l’individu la sécurité dont il a besoin, la conviction d’être désiré et estimé et ainsi engagé et renforcé dans sa relation aux autres.

 

Et le premier contact fondamental est avec la mère.

 

Les individus gênés dans leurs rapports avec les autres, maladroits et peu sûrs dans leurs contacts corporels, dans le fait de se prendre par les mains, dans l’étreinte, dans la caresse, dans n’importe quelle démonstration tactile d’affect, et même toutes, le sont principalement parce que leur a manqué le contact corporel affectif gratifiant de la mère.

 

Une relation se tisse donc sur une trame de réciprocité : le plaisir du contact corporel gratifie et satisfait tant la mère que l’enfant.

 

La relation entre l’amour et le développement

C’est dès les premiers moments et ensuite pour toute la vie que la dimension de la communication humaine peut atteindre un degré d’intégration très élevé dans l’échelle des valeurs humaines quand nous manifestons la capacité d’un contact chaud et accueillant : un contact affectif.

 

Un contexte environnemental qui assure une qualité de réciprocité et de sincérité affective nous permet d’exprimer et de développer des comportements spontanés, le naturel dans le contact, le plaisir corporel et l’accueil.

 

Qu’est-ce qui se passe quand cela n’arrive pas ?

René Spitz a accompli une recherche scientifique soignée sur les effets neurophysiologiques du contact et de la caresse en observant des enfants dans des conditions de privation : enfants hospitalisés ou orphelins.

 

Ses recherches représentent une révolution dans la pédiatrie parce qu’il a découvert que les caresses, les soins et la transmission de la sécurité, par exemple en tenant le bébé dans les bras, pendant les premiers mois de vie sont des facteurs de développement.

 

Les enfants qui ne reçoivent pas d’amour dans cette première étape de vie n’arrivent pas à établir une liaison adéquate entre le cortex et le diencéphale, de façon à pouvoir expérimenter la relation entre le monde extérieur et le monde intérieur, émotionnel et viscéral.

 

La majeure partie des enfants des grandes villes présentent des troubles du caractère et des crises du développement.

 

On a observé, dans les sessions pour enfants, que la Biodanza élève leur niveau général de santé. Les problèmes les plus fréquemment observés dans les groupes de travail sont : timidité, anxiété, tendances agressives, hyperkinésie et autres troubles moteurs.

 

Les enfants qui ont des carences d’affect maternel ou de la personne qui prend soin d’eux ont un retard de croissance et souffrent de dommages irréversibles au niveau moteur, affectif, du langage et du développement intellectuel.

 

Spitz a trouvé auprès des orphelins le phénomène de marasme infantile et de la mort par dépression anaclitique. Jusqu’à 60% des enfants institutionnalisés qui ne reçoivent pas d’amour, meurent avant deux ans, bien qu’ils soient bien alimentés et reçoivent les soins d’hygiène et cliniques indispensables.

 

Le besoin de contact a son origine dans l’embryon humain

Même les recherches sur la formation de la vie dans la période intra-utérine ont amené à comprendre combien le besoin émotif de contact est un besoin fondamental de l’être humain. Ceci a des bases solides déjà dans le développement embryologique du fœtus.

 

Suivons le processus de formation du fœtus.

 

L’étincelle qui allume une nouvelle vie humaine provient d’un contact : un contact sensuel entre une homme et une femme amoureux qui se prolonge dans la fusion interne entre un ovule et un spermatozoïde.

 

Une fois formée, la cellule se scinde rapidement et en l’espace d’un mois elle s’est transformée en embryon humain.

 

Observons que le système nerveux (troisième semaine de vie), comme la peau (sixième semaine de vie) sont formés du même feuillet embryonnaire : l’ectoderme.

 

De l’ectoderme naît (troisième semaine) le canal neural, ébauche du système nerveux, duquel se développent une série d’autres ébauches nerveuses, chacune desquelles allant innerver un segment analogue cutané, musculaire, vasculaire, de connexion et viscéral.

 

En laboratoire, on a découvert l’énorme sensibilité que la stimulation tactile génère chez le fœtus : « Quand l’embryon est à peine trois centimètre de long et n’a même pas huit semaine, un léger effleurement sur la lèvre supérieure ou sur les ailes du nez du petit être provoque l’arc-boutement du  cou et du tronc pour éviter la source de la stimulation (Montagu : La peau et le toucher).

 

Nous observons ainsi que le sens le plus étroitement associé à la peau, le sens du TOUCHER, est le premier à se développer chez l’embryon humain, c’est notre premier moyen de communication.

 

Le premier contact se passe dans l’utérus

En continuant, nous trouvons l’embryon, encore très petit dans la cavité utérine, immergé dans le liquide amniotique, sans jamais toucher les parois de l’utérus, qui reçoit une stimulation tactile légère.

 

Dans cette première phase de vie intra-utérine, l’embryon expérimente un hydro-massage doux et continuel, qui ne s’arrête même pas la nuit, avec sa respiration lente et rythmique qui le berce doucement.

 

Dès le deuxième mois de grossesse et suivants, l’embryon, parce qu’il grandit plus rapidement dans la cavité utérine, la remplit peu à peu complètement et, vers le huitième mois, la stimulation tactile n’est plus produite par l’eau mais des parois musculaires souples de l’utérus.

 

Et l’hydro-massage se transformer en un véritable massage en soi : rythmique, profond et enveloppant.

 

C’est par la peau, avant de naître, que nous sentons exister quelque chose extérieur à nous, acquérant un sens primitif de soi.

 

Dans le dernier mois de la grossesse, apparaissent les premières contractions, indolores pour la femme, qui habituent le fœtus aux douleurs dont l’intensité sera dix fois supérieure. Pour le moment, ce ne sont encore que des caresses.

 

Avec cette progressivité dans le toucher, le développement de notre perception tactile augmente, la peau se rappellera pour toujours de ces fortes expériences prénatales qui sont déterminantes pour le futur « sain » de l’enfant et de l’adulte.

 

Selon les principes de l’embryologie, une fonction vitale est d’autant plus importante qu’elle se développe précocement.

 

L’organe de la peau et le sens du toucher étant parmi les premiers à se former chez l’embryon, nous pouvons comprendre, également d’un point de vue neurophysiologique, combien la fonction du contact est un besoin primaire de l’être humain.

 

De la vie prénatale à la vie post-natale

Les expériences de chaleur, de contact et de protection qui se sont imprimées sur notre peau pendant la vie prénatale doivent trouver une continuité, également dans la vie post-natale, afin que le nouveau-né se développe et devienne un enfant et un adulte sain et équilibré.

 

Différentes expériences scientifiques sur le besoin vital du contact ont démontré combien « le toucher et l’être touché » sont importants pour l’être humain.

 

Souvenons-nous des expériences de Harlow (avec les bébés singes, mère de métal et mère en tissu), de Levine (rats caressés et non caressés), de Spitz (la carence affective interfère dans la récupération de l’enfance abandonnée, indépendamment de l’efficacité des méthodes de soin), Margareth Ribble (a mis en évidence trois types de stimulations sensorielles : le contact tactile, le mouvement cénesthésique, le chant) et de nombreux autres chercheurs qui ont révélé comment le manque de contact cutané, spécialement dans la première année de vie, est déterminante pour la formation de personnes malades.

 

Le problème de l’eczéma infantile, par exemple, est en ce sens très significatif.

 

La carence affective, le manque de « toucher » rend les nouveau-nés sujets aux affections type « croûte de lait » ou d’autres maladies cutanées.

 

Les psycho-dermatologues insistent sur l’importance de recevoir plus de contact physique pour arriver à vaincre certaines dermatoses.

 

Concernant le manque de « contact » émotionnel entre l’enfant et sa mère, ce qu’affirme Rof Carballo est intéressant : « L’enfant a de l’eczéma par manque de caresses, c’est-à-dire par manque de quelque chose qui ne semblerait pas avoir de sens biologique. Mais en réalité, la Caresse, le contact avec les mains de la mère, avec la peau de l’enfant est une des attitudes les plus importantes  par laquelle le « cerveau interne » maternel se lie au « cerveau interne » infantile.

 

L’absence de contact cutané réel n’est pas seulement un signal de l’absence de contact affectif, mais aussi d’un trouble authentique de la symbiose mère-enfant. »

 

Biodanza : le continuum du premier contact

«  Changer le concept de contact en caresse est une évolution culturelle »

Rolando Toro

 

Il est important de comprendre que le contact en soi, un contact mécanique, n’est pas thérapeutique. Il doit se faire dans une approche affective, dans un processus progressif de communication et d’empathie.

 

Pour la Biodanza, proposer des exercices de contact et de caresses est la réponse à un besoin authentique de protection et d’accueil dans l’échange réciproque de plaisir et d’acceptation.

 

Le contact doit atteindre la qualité de Caresse : un geste plein d’attention, réalisé dans l’écoute des demandes réciproques, avec la capacité d’agir en feedback avec l’autre ;

 

La méthodologie de la Biodanza est attentive au continuum, elle propose une approche sensible, dans un climat affectueux, dans lequel la progressivité est « prendre soin de l’autre », de l’expression de son Etre.

 

C’est là que s’accomplit un saut d’une grande Intégration, par l’affectivité ; là s’accomplit l’acte instinctif de lien humain entre celui qui donne et celui qui reçoit.

 

Si nous n’avons pas reçu un bon contact, nous ne pouvons pas le communiquer, nous devons retrouver la caresse, remplir le manque, sinon nous laissons l’espace à des comportements de victimes ou violents, qui ne sont que la réponse au manque.

 

Quand elles s’expriment avec émotions, cœur et empathie, nos mains, dans le contact, deviennent « parlantes ».

 

Les vivencias de Biodanza génèrent un toucher affectif et délicat, la caresse est un toucher qui crée des situations poétiques et expressives de grande intensité.

 

Leboyer, grand innovateur de la pédiatrie mondiale, a magistralement décrit comment un enfant a besoin de toucher : « Par le contact des mains, l’enfant capte tout : la nervosité ou la tranquillité, l’incertitude ou la sécurité, la tendresse ou la violence. Il sait si les mains le désirent. Ou si elles sont distraites. Ou, ce qui est pire, si elles le rejettent.

Devant des mains empressées, affectueuses, l’enfant s’abandonne, s’ouvre. Devant des mains rudes, hostiles, il s’isole, se cache, se ferme…

Quelles sont les mains qui doivent soutenir l’enfant ? Des mains légères, non autoritaire. Qui ne ferment rien. Qui « sont » simplement là. Légère mais pleine de tendresse. Et de silence » (Pour une naissance sans violence).

 

La caresse : clé d’un contact harmonieux

Le contact des mains, des bras, les caresses parlent un langage authentique, vivant, sans aucune sorte de tricherie dans la découverte réciproque.

 

Lorsque la paume de la main se pose sur la peau et caresse doucement, elle crée un « petit berceau ».

 

Leleu, dans le « Traité des caresses » nous donne une large description : « Bien plus qu’un plaisir, la caresse a un langage propre et vrai. Les êtres communiquent avec la voix et le regard, mais quand ils sentent le désir d’approfondir un rapport, ses sens ne suffisent plus. Ce n’est qu’avec le contact qu’on a la preuve tangible, palpable de la proximité, de la communication ; on a la sensation d’être vivants, d’être désirés ».

 

Les effets de la caresse

La caresse est ainsi un des instruments fondamental en Biodanza.

 

Elle induit des transformations au niveau organique et existentiel: donner et recevoir des caresses a le même pouvoir que certains médicaments parce que cela active dans les cellules le processus de production d'endorphines et d'hormones: c'est comme un toucher « magique » qui améliore beaucoup de choses, y compris la rapidité de cicatrisation et de sédimentation.

 

Un des effets les plus importants de la caresse est la transformation des LIMITES CORPORELLES.

 

Sensibiliser la peau signifie sensibiliser notre Identité, nous-mêmes.

 

Le sexologue Wilhelm Reich a parlé de « cuirasses caractérielles » en décrivant les défenses qui se concrétisent en rigidité et que notre organisme crée quand nous n'exprimons pas ce que nous ressentons.

 

En fait, tous nos problèmes se reflètent dans les tensions localisées sur le corps.

 

L’attitude de défense provoque un épaississement musculaire et une rigidité articulaire qui, à la longue, rend la perception tactile et cénesthésique insensible, nous privant également de la possibilité de sentir du plaisir.

 

Sur ce point, il semble évident combien il est nécessaire de faciliter dans notre existence les expériences de contact.

 

« C'est seulement en transformant nos limites corporelles » écrit Rolando Toro, « en quelque chose de plastique, capable de transparence, de projeter et d'irradier notre identité, que nous pouvons nous relier d'une façon authentique avec les autres personnes et avec l'Univers, et intégrer de larges cycles d'énergie vitale. L’élasticité de la peau (sensibilité tactile et érogène) et de la musculature (cénesthésie)  sont d'une importance vitale pour une Identité saine. »

 

Par le contact et les caresses nous produisons une « auto-valorisation », parce nous nous sentons désirés et estimés.

 

Caresser et être caressés est l’intime reconnaissance de notre valeur comme êtres vivants « uniques ».

 

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Article du mois de septembre 2011
 

Qu'est-ce que l'éducation biocentrique par Elisa Gonzalves et Sinfronio Lima

 

Eduquer correspond, premièrement, à la découverte des possibilités des êtres humains à être dans le monde.

 

Certains disent que l’éducation montre une vision du monde. Voir est une possibilité. Mais il existe d’autres formes d’approche de ce qu’est le monde. Malheureusement, ces formes sont niées par la tradition pédagogique.

 

L’Education Biocentrique veut récupérer tous les sens : la vision du monde, le parfum du monde, le goût du monde, le toucher du monde, les sons du monde !  Il est nécessaire de sentir le monde dans son entier pour s’éduquer !

 

Les matières de l’éducation ne sont pas enfermées dans des salles, confinées dans des écoles ou n’importe quelle institution. Les matières de l’éducation ne sont pas fixées à une certaine place, elles ne se laissent pas emprisonner ; elles circulent en différents espaces et temps, de façons très variées et parfois inespérées. Les matières de l’éducation ne peuvent être cherchées que dans la VIE que nous vivons !

 

Lamentablement, la société contemporaine est profondément marquée par des modèles individualistes qui stimulent la compétition et la domination. Nous souffrons, par conséquent, d’une pathologie affective évidente qui génère le manque d’amour pour soi-même et pour les autres, abaisse l’estime de soi et rend difficile les contacts sains.

 

Affectivement, nous sommes plongés à un niveau de survie. Il faut chercher la vie !

 

Rolando Toro dit que nous avons besoin de créer de nouvelles règles internes pour vivre. Il revient à l’éducation de créer de nouveaux espaces et du temps pour que les personnes puissent sentir que le chemin vers le soin et l’affectivité peut être vécu et non seulement attendu !

 

Si une personne vit constamment la compétition, l’individualisme et la domination, elle ne peut pas laisser émerger une pratique affective saine. Pour créer des relations de vie, il faut les vivre et non les attendre ; pour aimer il faut sentir et non imaginer.

 

Donner à l’espace éducatif la forme d’une école-univers. Ceci est l’axe principal de l’Education Biocentrique, la plus grande leçon de Rolando Toro.

 

Il est important de comprendre que nous considérons ce texte comme une introduction aux idées de Rolando Toro sur l’Education Biocentrique. Ce n’est que notre lecture des matières précieuses que nous lui avons empruntées. Notre contribution, qui est aussi un espoir, est celle de présenter, même d’une façon succincte, certains aspects de ses idées et inviter les lecteurs à connaître plus profondément sa pensée.

 

Qui est Rolando Toro

Rolando Toro Araneda, psychologue et anthropologue, est né à Concepción au Chili le 19 avril 1924. Il est poète et peintre. Il a occupé la chaire de psychologie de l’art et de l’expression à l’institut  esthétique de l’université pontificale du Chili et fut privat-docent du centre d’études d’anthropologie médicale de l’école de médecine de l’université du Chili. Récemment, il fut nommé professeur émérite de l’université ouverte interaméricaine de Buenos Aires, Argentine.

 

En tant que didacticien du centre d’anthropologie médicale, à l’école de médecine de l’université du Chili, il réalisa des recherches sur l’expression de l’inconscient et sur les états d’expansion de conscience.

 

Il est le créateur du Système Biodanza qui est pratiqué en Europe, en Amérique et dans divers pays d’autres continents.

 

Rolando Toro est président de l’International Biocentric Foundation – IBF. Il vit actuellement au Chili, d’où il dirige et coordonne les activités de Biodanza dans le monde entier. Il est également membre fondateur et président honoraire de l’Association Européenne des Enseignants de Biodanza – AEIB.

 

L’intelligence affective

En parlant de l’Education Biocentrique, Rolando Toro fait ressortir l’antériorité des processus affectifs sur l’élaboration symbolique. La compréhension des configurations existantes dans le monde est intimement liée à l’exercice d’attribuer des signifiés. Cet exercice est une qualité de l’intelligence humaine qui opère dans le domaine de l’affectivité.

 

Dans les mots de Rolando Toro, la définition la plus essentielle de l’intelligence serait : «  la capacité affective d’établir des connexions avec la vie et de lier l’identité personnelle à l’identité de l’univers. »

 

Il est important de comprendre que l’auteur ne met pas en scène un type spécial d’intelligence : l’affectivité est un portail pour différentes formes d’intelligence (motrice, spatiale, mécanique, sémantique, etc.).

 

La relation perception-affectivité mérite d’être détaillée. Dans les mots de Toro « Les relations entre perception et affectivité furent déjà démontrées dans les recherches sur la perception dans « la chambre des perspectives altérées d’Ames ». La taille des personnages, vus par un orifice dans la chambre construite par Ames, est perçue complètement différemment selon le degré de relation affective existant entre l’observateur et la personne observée. Ceci veut dire que l’affectivité organise la perception. (…) Pendant les expériences hallucinogènes, la perception des couleurs change violemment selon la qualité de l’affectivité et de l’humeur. Dans des états dépressifs profonds, les couleurs sont perçues opaques et sans vie. Dans la psychose, la perception des formes, des espaces, du temps et des couleurs change avec les altérations structurelles de l’affectivité. »

 

Eduquer et Rétablir des liens

Rolando Toro souligne deux grands objectifs dans l’Education Biocentrique : l’apprentissage par le développement de la pensée et apprendre à vivre.

 

Apprendre pour le développement de la pensée est une tâche classique et correspond à l’effort d’offrir une éducation scolaire de qualité qui inclut l’apprentissage culturel, la lecture, l’écriture, l’arithmétique, les arts, la préparation de base pour découvrir les secrets de la nature et entrer dans les disciplines scientifiques, technologiques et humanistes.

 

Le second objectif, spécialement nourri par le Principe Biocentrique, montre le besoin d’apprendre à vivre, à être heureux et à se lier affectivement.

 

Avec ces termes, Rolando Toro défend l’urgence d’éduquer les personnes à une nouvelle façon d’être face à soi-même, à ses semblables et aussi à la nature.

 

Il ne s’agit donc pas de cultiver seulement l’intellect, mais essentiellement le développement de l’affectivité. Pour atteindre cet objectif, il faut que les enfants apprennent à vivencier, c’est-à-dire à sentir avec intensité, ici et maintenant, son expérience avec la vie.

 

Assumer l’Education Biocentrique dans les écoles implique des changements organisationnels et culturels qui incluent, selon Rolando Toro, les points suivants :

 

  1. Le rétablissement du lien avec la nature, des excursions, des cours de natation, la culture d’un jardin, l’observation et le soin aux animaux, des promenades à cheval, etc.

  2. Une attention à l’alimentation : consommer des fruits, des légumes et une alimentation complète avec des protéines d’animaux et de végétaux, des lipides et des hydrates de carbone, faire du pain et préparer des jus de fruits.

  3. La protection écologique : prendre soin de l’environnement, nettoyer, notions générales d’écologie.

  4. Cultiver le langage poétique : après avoir fait de la Biodanza écrire une poésie dédiée à un compagnon avec comme thème : « Le poème c’est toi ».

  5. Assister à des concerts de musique, participer à des chœurs scolaires, demander aux enfants qu’ils fassent des commentaires sur leurs préférences.

  6. Participer à des séances de Biodanza, au moins deux fois par semaine, d’une durée de deux heures chacune.

  7. Intégration de la famille : une fois chaque quarante jours inviter les parents et les personnes de la famille pour une session partagée avec les enfants et les professeurs.

 

Objectifs de l’Education Biocentrique

Rolando Toro souligne 8 points fondamentaux qui orientent  une éducation nourrie par le Principe Biocentrique :

 

  1. Cultiver l’affectivité pour dépasser toute discrimination sociale, raciale ou religieuse.

  2. Prendre contact avec sa propre identité afin d’éduquer les personnes à vaincre les défis face aux difficultés, à avoir le courage pour défendre leurs points de vue, à avoir une connexion avec sa propre force.

  3. Cultiver l’expressivité et la communication pour exprimer les émotions par la danse et le dialogue ; pour développer la créativité artistique et l’expression verbale, oratoire et de récitation.

  4. Développer la sensibilité cénesthésique, la perception de son propre corps et la dextérité motrice pour développer la fluidité, la coordination, la synergie, l’eutonie, le plaisir cénesthésique et la natation organique.

  5. Acquérir l’apprentissage vivenciel par des cours d’apprentissage vivenciel sur la nature, la géologie, la botanique, la zoologie et l’astronomie.

  6. Intégrer la nature et le développement de la conscience écologique par des excursions à la mer et à la montagne ; perception de la nature avec les cinq sens, recherche d’un nid écologique.

  7. Développer et amplifier la perception musicale et d’autres arts plastiques ; percevoir avec les cinq sens des situations humaines.

  8. Expansion de la conscience éthique.

 

En semant l’idée d’une Education Biocentrique – une éducation qui a comme centre la vie -, Rolando Toro apporte une nouvelle exigence : l’élément le plus précis de l’éducation est de collaborer pour que les personnes créent et développent leurs propres « règles internes pour vivre ».

 

Eléments constitutifs de l’Education Biocentrique

L’Education Biocentrique a comme priorité le développement d’une intelligence affective.

 

L’idée de base n’est pas de disqualifier la formation intellectuelle ou technologique : elle met en avant la stimulation des potentiels génétiques qui ont la structure de base de l’identité.

 

Nous présentons ici, de façon synthétique, cinq éléments constitutifs de l’Education Biocentrique selon Rolando Toro :

  1. L’Education Biocentrique se fonde sur le paradigme des sciences humaines et sur le Principe Biocentrique

  2. Le Principe Biocentrique donne une priorité absolue aux actions qui permettent la conservation et l’évolution de la vie, en stimulant l’expression des instincts et le développement affectif par les protovivencias et les vivencias intégrantes.

  3. Méthodologiquement, elle utilise le Système Biodanza comme médiation entre l’éducation traditionnelle et la proposition biocentrique. Ceci veut dire introduire de nouveaux contenus dans le programme, dans la pratique éducative et la méthodologie.

  4. Les facteurs environnementaux sont les écofacteurs d’intégration avec la nature et avec le semblable. Les écofacteurs s’organisent autour de l’amour, de la nature, de la sacralité de la vie et de l’amour pour le semblable.

  5. Les contenus sont : expression de l’identité (potentiels génétiques) ; rénovation organique ; harmonisation de l’inconscient vital ; affectivité intégrée ; créativité, innovation existentielle et artistique ; expansion de conscience (éthique) ; perception de l’unité cosmique ; développement de l’intelligence affective et de la raison critique ; plaisir de vivre.

 

Pour une pédagogie du sacré

La rencontre avec le Principe Biocentrique donne une qualité différente à l’éducation : la vie en tant que centre éthique, écologique et éducatif. La vie n’est pas qu’un produit de processus atomiques ou chimiques ; la vie est comprise comme un « programme » impliqué qui guide l’organisation de l’univers.

 

Souvenons-nous ici d’un passage du fil italien Giordano Bruno, écrit et dirigé en 1973 par Giuliano Montaldo. Dans une rue étroite, à des personnes simples et attentives, Giordano Bruno parlait des correspondances entre le monde animal, végétal et humain : « Pense au lait, qui fait le lait ? La vache. Et que mange la vache ? De l’herbe. La prairie, le nuage, la pluie, le ciel, les astres, l’univers, Dieu – si vous le voulez. Univers, astres, ciel, nuage, pluie, prairie, herbe, vache, lait. Une image vive de Dieu – si vous le voulez ».

 

Le Principe Biocentrique est la reconnaissance d’un fondement impliquant – unificateur ou transcendantal – qui sous-tend ce que nous sommes capables de vivre dans le quotidien. Il est la reconnaissance d’une matrice cosmique de vie.

 

Rolando Tor dénonce la perte de notre connexion à la vie, par un processus historique de dégradation instinctive. Voici ses mots : « Il n’y a pas de ‘réflexes de vie’ chez le citoyen commun de nos métropoles. On peut postuler que la maladie est l’incapacité d’établir des bio-feedbacks avec tout ce qui est vivant dans l’environnement. Notre intellect a développé une capacité monstrueuse à se lier avec des choses mortes dans un processus de sophistication nécrophile ».

 

Immergés dans ce processus malade, qui déjoue le lien que nous avons avec le Cosmos, nous perdons la perception que la vie a une condition sacrée.

 

Connecter l’éducation à la vie n’est pas qu’une possibilité, c’est une nécessité. Connecter l’éducation à la vie signifie assumer que l’existence a une qualité sacrée qui a besoin d’être récupérée dans tous les domaines.

 

Le sacré n’est pas confiné dans des rituels. La pensée de Toro vise à réunifier les actes sacrés et les actes profanes. La méditation sur le sacré est nourrie par la contemplation du quotidien ; elle peut être rituelle et non rituelle.

 

Ainsi, l’acte sacré est hors du temps de la liturgie, est hors du temps rituel : l’acte sacré est quotidien, il est le temps vécu. Chaque geste, chaque mot est capable de révéler la réalité sacrée qui existe en nous.

 

Voici les mots de Toro : « Le sacré se trouve dans n’importe quelle circonstance de la vie qui se passe. Toute la vie est sacrée. L’acte sexuel qui se fait dans un temple ou celui qui se réalise dans une chambre d’hôtel misérable ont la même condition de sacré. Quand les personnes sont connectées avec amour, elles recyclent l’énergie cosmique, elles vivent l’amour éternel d’Aphrodite et d’Apollon. L’homme fatigué qui marche dans la rue parce qu’il n’a pas d’argent pour le bus est aussi un marcheur d’éternité. L’enfant dans les bras de la Vierge Marie et l’enfant abandonné, rachitique et affamé qui cherche la nourriture dans les tas d’ordures sont des formes de l’Enfant Divin. »

 

Pour une pédagogie de l’amour

Rolando Toro par du principe qu’il existe une force puissante qui oriente la vie pour établir des structures vitales cohérentes.

 

A partir de ce point de vue, l’amour acquiert une grande importance parce qu’il est considéré comme la « plus grande force structurante de l’existence. »

 

Voici  les mots de Toro : « Le besoin d’amour est tel chez l’être humain que, si l’amour manque, l’individu se dirige vers la désintégration et la mort. Un manque d’amour est une situation biologique insupportable. Si les personnes ne rencontrent pas l’amour, elles entrent rapidement dans des situations pathologiques : toxicomanies, destructivité, folie ou maladies organiques. Ces choix sont toujours des programmations de mort. (…) L’amour est donc la recherche de la structure et de l’unité comme forme essentielle de l’être dans le monde (…). »

 

En ces termes, Toro affirme que l’amour est une énergie qui permet la conservation de la vie en tant que vie, c’est un processus anti-entropique. Ainsi, l’amour n’est pas une idée abstraite ; c’est un exercice concret, quotidien, pour ceux que nous aimons.

 

Il est important de souligner que l’amour a un potentiel social et politique : « (…) tous les hommes, par le simple fait de vivre en société, exercent une fonction politique. Cette fonction devient consciente et prend tout son sens quand surgit chez l’individu la vivencia de l’amour communautaire. Ceci donne l’impulsion pour faire des efforts convergents et des actions de solidarité avec les hommes. Notre pensée politique est centrée sur les notions de gouvernement démocratique et la régulation des conditions sociales pour augmenter le plaisir de vivre, la justice et la solidarité (…). Le processus d’évolution intérieure de l’individu implique l’expansion de son influence politique, de sa capacité de lien solidaire. L’action politique, à partir d’un processus évolué (et non révolutionnaire) n’exclut pas l’agression comme moyen de défense et d’attaque ».

 

Une pédagogie de l’amour donne l’image d’un individu relationnel et donc d’un lien solidaire avec l’autre. Une pédagogie de l’amour est un exercice permanent de soin, personnel, social et politique.

 

Pour une pédagogie de la présence

Si les conditions culturelles, sociales et économiques actuelles sont anti-vie, il faut instaurer une nouvelle configuration sociale, non avec une nouvelle idéologie, mais avec le rétablissement, à chaque instant, de mouvements qui soient nourris par la vie

 

Ceci veut dire que le changement est lent, quotidien et profond et comprend un mouvement affectif et amoureux et non idéologique.

 

Célébrer le temps présent signifie expérimenter chaque moment comme unique et non transférable dans le temps et l’espace ; cela signifie plonger entièrement dans l’ici-maintenant pour faire de son mieux.

 

Rolando Toro souligne le besoin et l’urgence de penser l’amour, la liberté et la transcendance, non comme des concepts abstraits, mais comme des questions immédiates, avec une expérience corporelle vécue dans le quotidien.

 

Alimenter l’organisme vivant est un acte du temps présent. Alimenter un corps pour qu’il puisse vivre n’est pas un souvenir du passé ou une programmation vers le futur. Le corps a faim de vivre. Et vivre est une expression du temps présent.

 

Le Principe Biocentrique, traduit en activités humaines, est viscéral dans sa position politique et défend la vie contre l’exploitation et l’injustice : « La plus subversive de toutes les disciplines est celle qui se fonde sur le respect de la vie, le plaisir de vire, le droit à l’amour et au contact. Le Principe Biocentrique ne reconnaît pas l’autorité extérieure, que ce soit d’un gouvernement avec sa violence institutionnalisée ou d’idéologies politiques et religieuses qui discriminent les êtres humains. Le Principe Biocentrique est révolte. »

 

Pour une pédagogie des instincts

L’idée de l’Education Biocentrique est intimement liée à la défense d’une « éducation sauvage » : il s’agit de créer des situations d’apprentissage pour que les personnes puissent cultiver leurs potentiels génétiques.

 

Voici les mots de Toro : « Je propose le terme Education Sauvage comme un ensemble de tous les procédés qui peuvent stimuler, chez l’enfant, chez le jeune et chez l’adulte, le cycle des instincts ; souligner et renforcer l’instinct pour la sélection des aliments en lien avec les besoins organiques profonds et les savourer, profitant du plaisir de l’aliment (ensemble, avec les autres) ; stimuler la capacité de lutte et de défense par des jouets et des jeux adaptés à la tranche d’âge ; stimuler la sexualité naturelle par le contact et les caresses ; développer le plaisir cénesthésique du mouvement par des exercices d’harmonie et de fluidité, la natation organique et la Biodanza ; activer l’expression affective et créatrice par le chant, les chœurs primitifs, la poésie et le théâtre, l’utilisation de couleurs et le dessin, le travail avec l’argile (…). Tous ces procédés devraient être pratiqué avec la participation régulière de la famille, y compris les grands-parents, les aînés, en amplifiant l’espace éducatif sous la forme d’une Ecole-Univers ».

 

L’éducation sauvage montre l’intégration saine des instincts dans le processus éducatif. Rolando Toro parle du respect pour la vie, « comme un agriculteur respecte la semence. Cette conception ne peut être soutenue qu’à partir de l’axiome que la semence humaine est essentiellement bonne, qu’elle a une impulsion divine en elle. Une discipline de développement n’a qu’à aider chaque individu à retrouver cette impulsion en lui ».

 

Il est important de souligner ici que l’Education Biocentrique est orientée pour collaborer dans le développement de mécanismes d’autocontrôle de son propre processus évolutif, par un processus de découverte d’auto-divinisation de la vie comme phénomène cosmique.

 

La recherche de l’autocontrôle ne signifie pas la modélisation d’un comportement, il s’agit d’un effort personnel d’autoréflexion, d’un processus individuel de découverte que sa propre personne peut chercher ses propres réponses vitale. De telles réponses doivent être trouvées de la façon la plus adéquate possible en lien avec le développement intérieur de ses potentiels génétiques.

 

Pour une pédagogie vivencielle

Le terme « vivencia » signifie l’instant vécu, ici et maintenant. La vivencia émerge dans l’instant où elle est vécue. Inspiré par Dilthey, Rolando Toro défend l’idée que la vivencia a une « qualité de l’originaire », c’est-à-dire des éléments propres aux instincts, à la nature, qui ne sont pas sous le contrôle de la conscience et qui peuvent être « évoqués ».

 

Voici les mots de Toro : « Le pouvoir réorganisateur de la vivencia est dû à une qualité unique qui surgit comme la première expression affective de notre organisme, avec des sensations corporelles intenses. Les vivencias sont l’expression originaire du plus intime de nous-mêmes, antérieures à toute élaboration symbolique ou rationnelle ».

 

La vivencia, en tant que médiation, par du principe que le processus d’apprentissage est un processus autopoïétique, comme le définit Humberto Maturana.

 

L’apprentissage est compris ici comme un processus d’auto-organisation et ne correspond pas à une simple réponse face à des stimulations du milieu. Ainsi, l’individu, face à des stimuli, les transforme activement selon ses propres exigences. D’où l’affirmation que la connaissance ne s’organise pas en fonction d’exigences externes, mais d’exigences internes, de chaque individu.

 

Rolando Toro distingue trois niveaux d’apprentissage : cognitif, vivenciel et viscéral.

 

Le niveau viscéral ou instinctif peut être considéré comme une espèce d’intelligence cosmique parce qu’il démontre une capacité innée à répondre aux stimulations, facilitant les adaptations et la conservation de la vie même.

 

Le niveau vivenciel a une dimension ontologique, se plaçant comme une porte d’accès à la profondeur de notre être. De plus, la vivencia a « une influence régulatrice quand elle contient une qualité affective »

 

Selon Toro : « Ces deux instances, instinct et vivencia, sont profondément liées et font partie de notre racine biologique de lien avec la vie ».

 

L’auteur affirme que, si le processus d’apprentissage d’une personne n’englobe pas ces trois niveaux de réponses, ses actions seront forcément incohérentes, dissociées et superficielles.

 

Voici les mots de Toro : « Ces trois niveaux d’apprentissage sont liés neurologiquement et peuvent s’influencer mutuellement, mais ils ont aussi une forte autonomie. La perception des signifiés qui affectent l’existence peut influer sur l’émotionnel ou le viscéral. Prenons comme exemple la signification qu’une mauvaise nouvelle peut produire : une émotion de profonde souffrance et, au niveau viscéral, des spasmes cardio-respiratoires et même la mort ».

 

Savourer viscéralement et vivre l’amour, la solidarité, l’amitié, le sacré, expérimenter finalement des contacts affectifs sains et sincères, produit des changements existentiels profonds. De tels changements sont matérialisés dans le comportement des personnes, dans les choix qu’elles font dans la vie, dans les formes claires qu’elles utilisent.

 

Souvenons-nous ici d’une parole de Raul Terrén dans un de ses cours : « Il faut récupérer l’Education Sauvage pour que nous soyons des personnes plus civilisées ».

 

Restituer à l’être humain la possibilité d’apprendre cognitivement, viscéralement et vivenciellement est profondément essentiel car c’est l’affirmation totale que, apprendre est sentir le monde, la nature dans son entièreté, avec tous les sens humains, en mobilisant toutes nos potentialités. Ceci est le sens le plus important d’une éducation qui veut être libératrice. Penser à une éducation de qualité signifie ainsi créer les conditions pour que les personnes puissent, dans un environnement affectueux, apprendre profondément. C’est seulement ainsi que les changements personnels pourront se matérialiser de façon on dichotomique. C’est seulement ainsi que nous pourrons visualiser des actions capables de transformer la société inégale en société solidaire, biocentrique.

 

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Article du mois d'octobre 2011
 

La fonction du vide par Rolando Toro Araneda

 

Il y a une façon d'être absent en étant tout à fait présent. Dans l'acte de ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas toucher l'autre, on dépouille l'autre subtilement de son identité. Nous ne reconnaissons pas en lui une personne; on est avec lui mais on l'ignore.

 

En privant l'autre de son corps, on réalise un acte d'exclusion qui a toutes les caractéristiques de l'assassinat dans un plan de la conscience où il ne reste que le spectateur. C'est une disqualification qui a un sens sombre et qui englobe une série de mécanismes pathologiques qui atteignent l'égo enfermé en soi-même, tournant en rond de façon maniaque autour de sa propre motivation désolée. « Savourer » la présence de l'autre, la célébrer, l'exalter dans l'enchantement essentiel de la rencontre, pleine d'humanité, deviendrait la qualité d'une présence qui permet la présence, d'une identité qui tisse avec versatilité la trame de résonance appelée par Lips « empathie ». La trame d'identifications successives qui rendent possible la transe avec l'autre - transire – le flux de vie où la communication acquiert un caractère de « co-création ».

 

Dans cette double possibilité de créer l'identité de l'autre ou de l'abandonner dans l'absence et la disqualification, se trouve la plus grande partie de la matière qui constituerait le thème des sciences de la relation humaine.

 

Il ne s'agit pas, en tout cas, d'entrer dans la symbolisation des relations. Le regard de centre à centre, le contact physique, modulé par des caresses, des baisers, des mains chaudes et communicatives paraissent constituer la matière même des relations humaines. Le paradigme de la communication est l'engagement corporel qui génère l'identité et non le vide.

 

La fonction du vide, d’un point de vue épistémologique, serait l'incapacité profonde de sentir la qualité et la saveur, c'est-à-dire, une très grave altération de la perception du goût, du doux et de l'amer, du salé, du sel de la vie.

 
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Article du mois d'e novembre 2011
 

Biodanza: Témoignage - Partage par Bernard Viau

 

La BIODANZA, une approche  telle que je la vis, guidée par la musique et la danse,  exprimée par les mouvements, le regard et les émotions,  pour mon plus grand  bonheur.

 

TOUT A COMMENCE  il y a environ une dizaine  d’années.  J’étais dans un congrès international, et comme chaque soir  il y avait une fête, donc de la danse.  Avec beaucoup de plaisir, semble t-il, tout le monde dansait à sa façon. Soudainement, la musique s’est arrêtée, et tout a changé.  La sono à fond,  une magnifique musique sud américaine emplit la salle ; c’était très beau. Un homme et une femme se sont emparés du territoire, pourrait-on dire. Ils se sont mis à danser, occupant maintenant tout l’espace, avec pour seul contact un intense regard dans les yeux.

Immédiatement, toute autre activité a cessé, chacun regardant ce duo auquel personne ne s’attendait, il me semble. Ils ne se sont pas touchés une seule fois pendant les 4 ou 5 minutes qu’a duré leur danse. Pour moi, c’étais comme s’il y avait un lien invisible, magique, qui les reliaient l’un à l ‘autre. J’étais bouleversé, comme hypnotisé. J’admirais quelque chose que je n’avais encore jamais vu ; leur façon de se déplacer, de s’approcher l’un de l’autre captivait tous les participants silencieux et oh combien présents ! Ce n’est que plus tard que j’ai su que cette splendeur de danse s’appelle  Biodanza. C’est une danse qui touche le corps comme le cœur.

Souvent, lorsque j’en parle, on me demande ce que c’est, mais je suis bien incapable d’en faire une description théorique tellement c’est quelque chose qui se vit si fort de l’intérieur de soi ! Et en groupe en plus !

Je vous explique à ma façon, vous l’avez bien compris ! La Biodanza, c’est  cette danse qui, maintenant, me captive tant, avec ma façon à moi de danser  tout en suivant les mouvements proposés.

 

AUSSI, AVEC MON CHEMINEMENT tout au long de ces cinq dernières années, j’aimerais partager quelques instants avec vous, quelques moments forts qui m’ont aidé à vivre, oui, je dis bien vivre, vivre les rencontres différemment, avec davantage de conscience dans mon corps et de respect de toute ma personne.

A la suite du congrès,  j’ai eu envie de suivre un atelier de Biodanza  de deux heures auquel, vous n’en doutez pas, je me suis inscrit avec une grande soif de participer, de découvrir par la pratique les secrets d’une telle source de bonheur. Bon, j’exagère un peu ? Eh bien non, pas vraiment !

 

Suivre quelques mouvements bien précis tout en laissant faire le corps, en étant peu directif avec soi-même. J’ai compris que, moi aussi, j’étais capable malgré mes blocages et l’idée de ne pas savoir comment danser, sinon avec complexes et frustrations qui vont ensemble pour m’empêcher d’être heureux.

Ce soir là, au cours de cet atelier, oui, j’ai ressenti que je pouvais  vivre du plaisir, du bonheur, à l’intérieur de moi, sans avoir à forcer quoi que ce soit, au contraire même en laissant aller.  Le fameux « lâcher prise » vous savez !

A ma grande surprise, je me laissais danser parmi les autres,  tout simplement, me laisser porter par l’énergie du groupe, sans contrainte, ni aucune critique et surtout sans aucun jugement sur ma propre personne comme sur les autres. Ce qui est sûr, la Biodanza avec ses vivencia,  c’est pas l’endroit pour la compétition ni pour se croire le plus malin ! Non, être tout simplement soi-même est bien suffisant !

Parmi les autres, certains étaient un peu comme des modèles, enfin pour moi ; apprendre en quelque sorte en regardant les autres, en les mimant.  J’étais pris par tant de beauté, de finesse, d’élégance, avec un sentiment de sécurité et de bien-être que j’avais l’impression d’être transcendé, comme imprégné par les gestes et postures, par l’énergie émanent de chacun, par quelques chose au delà des mots, dépassant la parole devenue inutile tellement le vécu de l’instant présent est puissant. De temps à autres  il est proposé des mouvements très précis, genre Qi Gong, qui nous permettent de contacter  une forte énergie, histoire de se faire vraiment du bien…

Oui, moi aussi, j’ai su danser avec une certaine aisance, une sorte d’élégance même, malgré la rigidité de mon corps. Qu’est-ce que c’est bon ! Ne pas se sentir jugé, mais se sentir accepté, aimé  même !

 

ALORS BIEN SUR, J’AI CHERCHE à retrouver des groupes de Biodanza ; pas de soucis, plusieurs groupes de dix à trente personnes ouvrent leurs portes en week-end comme en semaine. Dès que l’on cherche, on en trouve ; Pour une durée de deux heures, ou autres modes de fonctionnement  possibles un(e) facilitateur / facilitatrice sérieusement formé(e) pendant plusieurs années, cadre les séances. Celles-ci sont très structurées dans le temps, avec une ronde d’ouverture et une de clôture. J’ai été surpris que l’on se tienne par la main, ce qui est bien normal pour une ronde, mais surtout j’ai été étonné de la qualité du contact main dans la main, de l’intensité des regards, des rencontres…

La plupart du temps, on fait deux rondes consécutives avec changement de place dans la ronde, ou pas ! Et j’ai remarqué au bout de quelques séances que, bien souvent, je prenais place  près d’un homme bien solide, carré, costaud ;  j’ai su par la suite qu’il était kiné et cela me rassurait parce que j’avais peur de tomber et de serrer cette main sécurisante me protégeait. Ce contact a même participé à guérir certaines difficultés que j’avais avec la gente masculine. Oui, Toi Mon Ami, tu peux te reconnaître, et j’ose te dire combien tu as été un soutien solide, encourageant, aussi nécessaire qu’utile !  Une aide précieuse aussi puissante que discrète, pertinente, aimante. Egalement, de nombreuses personnes m’ont aidé, lorsque j’étais bloqué dans certains mouvements impossibles à effectuer tout seul, triste de contacter mon impuissance émanent de la maladie, heureux de recevoir en cadeau l’aide nécessaire pour participer. Par le toucher, le regard, la façon de se déplacer, de se mouvoir, de générer les mouvements adéquats…

 

DES LA PREMIERE RONDE le contact visuel est puissant, chaleureux, et je ne peux m’empêcher de sentir mon visage sourire, qui déclenche chez la personne ainsi regardée un magnifique sourire également, ou pas ! Réciprocité gratuite !  Il n’y a ni automatisme, ni obligation. Seulement être ! Ce n’est  pas de l’ordre du possessif, du manipulateur non, mais du cadeau, de celui qui ne demande rien en retour, présence généreuse !

En même temps être en contact, percevoir la main du voisin, la sentir ; chaque main est si différente, forme, poids, chaleur, humidité, force, tout en étant en contact avec ses propres mains, déplacements, pas de danse, sensation dans les bras, attentif aux regards des autres, je vous parle ici de la complexité de ces mouvements à accorder, si simples apparemment mais fort complexes à synchroniser, à réaliser ensemble pour une personne atteinte par la maladie de Parkinson, gestes soignants, présence guérisseuse.  Accepter, être. Tout simplement, être, sans contrôle, sans volonté aucune, seulement une grande conscience et confiance en soi !

Et puis toutes ces danses, ces vivencia  comme on dit, pour parler de l’ici et maintenant, m’ont permis d’évoluer, de mieux me comprendre, moi-même comme les autres.  Par exemple, tout simplement, comment est-ce que je choisis, ou me laisse choisir ? Là encore, est ce que j’utilise une stratégie pour obtenir d’être avec la personne de mon choix, oui c’est sûr que cela m’arrive de temps à autre ; cependant, au fil des années, je me sens de plus en plus à laisser faire, à me laisser choisir, en prenant le risque de la découverte d’une nouvelle relation riche pendant quelques minutes. De toutes façons, la  facilitatrice présente une nouvelle danse, qui sera, elle aussi, ponctuée de « On change » de partenaire il va sans dire !

Alors, est-ce que je bouscule, ou bien je tiens compte de l’autre personne,  est-ce que je guette un petit signe d’acceptation, ou de refus ? La main ouverte sur le cœur, ou la main fermée, le regard lumineux, brillant, ou fermé, baissé … En moins d’une fraction de  secondes une décision est prise, comme si c’était important, voire vital…

Comment je réagis lorsqu’il y a un nombre impair et que je reste seul ? C’est vrai que la maladie me freine, dans mes réflexes et dans agir mes décisions … Cependant, aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir dépassé tout ça, une sorte de paix me permet de vivre le cœur en fête ces deux heures d’énergie de vivencia, quelles que soient les propositions faites, quoi qu’il se passe !

Et pourtant, lorsque c’est l’heure de me préparer pour aller rejoindre le groupe, je traîne et manifeste un caractère ronchon pour prendre le métro ou traverser le parc ; cependant, dès que je pousse la porte de la salle de danse, il se produit un subit basculement de mon état émotionnel et de la bonne humeur m’envahit en une fraction de seconde ; à la fameuse question : « comment ça va » je m’entends répondre  « fatigué mais heureux » ou d’autres fois « super » laissant de coté les détails perturbateurs voire toxiques. Ou bien, j’explique qu’il ne faut pas me tirer les bras, et que me mettre accroupi me demande réflexions, audace, efforts et patience…

 

TOUT SIMPLEMENT, AVEC CES QUELQUES MOTS, j’ai envie de remercier toutes ces personnes qui m’ont aidé et qui m’aident encore par leur présence, par la façon dont chacun me tient par la main, ou corps contre corps, par ces regards, par cette écoute, cette présence de qualité.

Biodanza, je ne vois en toi que des bienfaits ; même des personnes atteintes de maladie grave peuvent participer (avec aisance), et je témoigne de cette possibilité à se fondre dans un groupe, d’être pleinement vivant parmi les vivants. Malgré la maladie ! Avec le support du groupe, d’autres pourront  aussi participer. A leur façon !

L’énergie positive rend ces vivencia si vivantes, porteuses de joie, d’enthousiasme, et c’est tout ce dont on a besoin lorsqu’on est attaqué par la maladie de Parkinson. Maladie qui, entre autre, et en ce qui me concerne, tue les projets, écrase l’enthousiasme, contrecarre la gestuelle, détruit l’équilibre, freine les mouvements, ralentit voire annule la compréhension et la mémoire ; heureusement j’ai encore la chance de pouvoir m’aider de médicaments qui, pour l’instant, réduisent les inconforts en me permettant de suivre les propositions, en profitant au mieux de ces temps de partages et de vie.

Perte du goût à vivre, pourtant la Dopamine artificielle est présente à chaque  instant, avec ses effets secondaires qui, l’air de rien, empoisonnent la vie ! Un juste équilibre est nécessaire entre efficacité et effets dévastateurs non contrôlables ; une position on/off qui, en un espace de seconde, me fait passer du sourire au visage fermé, de la joie de vivre à des muscles tendus, du mouvement à l’arrêt, du confort au tremblement, de la marche aux vertiges, de la conscience à la chute …

Alors j’ose dire que, heureusement, la Biodanza se manifeste pour permettre l’acceptation de soi comme de l’autre, pour apporter de l’amitié, de la  joie, de l’amour, du contact, de la beauté, du mouvement, de la fluidité, et encore et toujours de l’amour …

Ainsi je remercie vivement chacun et tous ceux qui font que la BIODANZA EXISTE POUR LE BONHEUR DE TOUS.

 

P.S.  Mon kiné ne manque pas de me demander comment ça c’est passé la dernière séance, et puisqu’il y a une grande et belle qualité dans toutes ces rencontres, j’ose lui dire avec un beau sourire que « hier soir, j’ai pu danser avec les 8 plus belles femmes du monde » pour mon plus grand bonheur !

 
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Article du mois de décembre 2011
 

Vers un univers musical par Rolando Toro Araneda

La conscience de faire partie intégrante d'un univers musical apparaît dès les origines de l'histoire humaine, sous la forme de légendes et de mythes. Depuis la nuit des temps, l'homme s'est rendu compte que l'univers était régi par des lois rythmiques, par des événements qui se répètent d'une manière cyclique, par des phénomènes de pulsation et de vibration, par tout ce qui semble s'ordonner selon un plan harmonieux, à la manière d'une symphonie cosmique.

 

Dans les civilisations issues de la Chine, de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce, chez les Incas du Pérou, comme chez les Aztèques et les Mayas du Mexique, la perception de cette unité dynamique, rythmique a toujours été présente.

 

La connaissance du rythme et de la musique assurait un pouvoir religieux car, d'une quelconque manière, celui qui comprend le rythme, la mélodie et l'harmonie, co-participe de l'intelligence divine.

 

L'univers peut être perçu comme une symphonie. Une myriade de particules qui glissent en formant des rondes atomiques, des tourbillons infinitésimaux, des galaxies et des soleils qui se déplacent. Une horloge aux rythmes infinis ou peut-être un « grand organisme » qui se transforme. Des forces harmo­nieuses maintiennent l'unité dans la diversité la plus prodigieuse. Au cœur de cette symphonie cosmique, l'homme est à la fois acteur et spectateur.

 

La perception de cette unité ontocosmologique est une des formes les plus antiques de conscience cosmique.

 

            "Je suis la parcelle des parcelles

            de la Grande Âme Incandescente"

                        (Livre des Morts égyptiens)

 

Pour l'homme primitif, la perception de la totalité était quelque chose de naturel. L'harmonie de l'univers était aussi en lui. Les lois musicales de la nature avaient une résonance profonde sur sa vie. La succession des jours et des nuits, le cycle de la lune, le lever et le coucher du soleil, le rythme des saisons, le va-et-vient de la mer, la mélodie du vent, tout lui apparaissait sous la forme de rythmes. Le vol des oiseaux, les migrations de certaines espèces étaient aussi pour lui une expression de rythme et d'harmonie. Le rythme habitait son propre corps: les battements du cœur, la cadence de la marche, l'oscillation de l'activité au repos, le rythme respiratoire, etc., tout l'amenait à sentir la présence d'une espèce de force ordonnatrice merveil­leuse. L'ensemble de la création était une leçon de musique.

 

Ce véritable « état de grâce » s'est perdu au cours des siècles. Nos actions ont délaissé le naturel, la fluidité et l’eurythmie. L'homme a perdu le contact avec cette « musique originelle » pour entrer progressivement dans un monde rempli de stridences.

 

De très vieilles légendes chinoises, indiennes et grecques décrivent la relation mystérieuse entre la musique exécutée par un homme illuminé et son influence sur la nature. En réalité, ces musiciens « sacrés » ne créaient pas de nouveaux processus, ils renforçaient le cours naturel du développement en captant au préalable l'harmonie de la nature. Cet aspect est très important à comprendre pour ne pas tomber dans le travers de l'omnipotence thérapeutique qui consiste à prétendre créer de nouvelles formes chez des individus ou dans des groupes. Il n'est  ici question que de stimuler, par le mécanisme cénesthésique - musical, les potentialités de santé et de bien-être qui sont latentes.

 

Une légende chinoise raconte que le maître de musique Wen de Cheng a pu, après une longue préparation intérieure, provoquer d'étranges changements dans la nature en faisant vibrer les cordes de son instrument: c'était le printemps et lorsque la corde Chang résonna, les arbres et arbustes donnèrent leurs fruits; c'était l'été et lorsque résonna la corde Yu, la neige se mit à tomber et les rivières et les lacs gelèrent subitement. Lorsque l'hiver arriva, le maître de musique fit vibrer la note Chih et le soleil se mit à briller, la glace à fondre. Pour finir, il laissa résonner la corde King avec les quatre autres cordes, le doux murmure des vents se leva, des nuages apparurent dans le ciel accompagnés d'une douce bruine et des eaux puissantes s'échappèrent des cascades.

 

Cette légende, pour beaucoup admirable, est à mes yeux dépourvue de la moindre sagesse. Utilisant la connaissance sacrée de la musique, elle n'engendre qu'un trouble et qu'une inversion des lois de la nature.

 

La légende hindoue de Shiva, Dieu de la danse et de la transmutation, est porteuse d'un double sens de création et de destruction. Shiva tient dans sa main droite un tambourin et à son rythme crée l'univers, alors que sa main gauche est occupée à détruire le vieux monde qui doit être rénové. Mort et renaissance sont les thèmes de cette danse cosmique. Shiva est le dieu de la danse, mais aussi de la transformation. Le modèle thérapeutique de Shiva a quelque chose d'effrayant, de cataclysmal. Ne pourrait-on postuler un modèle d'évolution progressif, à partir des racines originelles et des impulsions de vie qui palpitent encore dans le vieux corps malade de l'univers ?

 

La légende grecque d'Orphée fait aussi allusion à la relation de l'homme avec la musique de l'univers. Elle parle encore d'intimité écologique. Par les harmonies qu'il tirait de sa lyre, le poète et musicien apaisait les fauves, séduisait le cœur des hommes et des femmes, faisait mûrir les fruits et les pierres elles-mêmes tressaillaient au contact de sa musique.

 

Le philosophe grec Pythagore fut le premier à établir des relations objectives entre la musique et les mathématiques. Par le biais des nombres, il mit en relation les sons produits par l'homme avec des données astronomiques liées à la terre, au soleil et à la lune. Les accords musicaux, correspondant à des proportions numériques simples, suggèrent la notion d'harmonie du cosmos compris comme totalité. La conception inspirée de Pythagore d'une « musique des sphères » était tributaire de la cosmologie ionienne.

 

L'approche intuitive d'un univers créé selon des lois musicales se retrouve chez beaucoup de peuples. Le poète et philosophe chinois Lu Pu-We (3ème  siècle avant notre ère) pensait que la musique avait ses racines dans le « Grand Être », le principe universel, invisible et inconnaissable. Pour les Chinois, l'espace et le temps, la matière et la musique n'étaient que des aspects différents du même principe. La musique était liée aux saisons de l'année, aux éléments et aux formes infinies de la réalité.

 

Les chants et les danses primitives pour susciter la pluie ainsi que les danses chamaniques pour guérir les malades ont le même sens de solidarité cosmobiologique.

 

Dans les danses primitives, l'abandon au rythme des tambours et des chœurs  constitue l'acte joyeux et terrible de participation aux grandes énigmes de la transformation cosmique. Cet abandon est participation au vertige même de la création, au mouvement millénaire qui est à l'origine du monde.

 

La conscience de vivre dans un univers musical est devenue plus sensible au cours du siècle dernier. Les théories du Champ Unifié d'Einstein, le concept d'homéostasie (Claude Bernard - Cannon), les concepts révolutionnaires d'autorégulation par feedback dans le champ de la biologie (Wiener - Ashby), l'étude des rythmes biologiques (Dunne - Fischer & Sollberger - Fraisse - Whitrow, etc.), l'attrait pour les approches philosophiques intégrantes (Jaspers - Von Uexkull - Kaiserling), l'intérêt des psychologues contemporains pour la conscience cosmique (Bucke - Huxley, - Maslow - Weil), les recherches actuelles sur la musique cosmique (Hamel) et sur la musique psychédélique (Leary), les grandes intuitions poétiques de Lubicz Milosz et Allen Ginsberg, tout cela parle en faveur d'une maturation du sentiment de résonance avec l'univers éprouvé comme totalité symphonique.

 
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